Une nouvelle technologie québécoise permet de recycler le polystyrène et de réutiliser cette matière à l’infini.

Serions-nous sur le point de savoir gérer la fin de vie des produits fabriqués à base de polystyrène – tous ces gobelets, emballages de protection des appareils électroniques, contenants de repas pour emporter et autres barquettes pour produits frais? C’est ce sur quoi travaille l’entreprise québécoise Pyrowave, qui a développé une technologie de recyclage chimique du polystyrène, le fameux plastique #6 qui, en fin de vie, aboutit habituellement dans les sites d’enfouissement. En s’appuyant sur le principe d’économie circulaire, l’entreprise crée en effet, à partir de déchets de polystyrène, une matière recyclée et recyclable à l’infini destinée à réintégrer la fabrication de polystyrène, voire d’autres plastiques.

La technologie utilisée, dite de dépolymérisation catalytique par micro-ondes, consiste à chauffer rapidement et à haute température le polystyrène préalablement densifié, déchiqueté et dissout. Ceci permet de briser les chaînes de polymères qui constituent le polystyrène et d’obtenir un liquide composé de monomères de styrène: une fois purifié, celui-ci possède les mêmes caractéristiques que la résine vierge.

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«Ce procédé permet d’obtenir un rendement d’environ 95% de monomères sous forme liquide transparent, ce qui est inégalé actuellement dans les technologies émergentes», précise Virginie Bussières, vice-présidente des communications chez Pyrowave. Autre avantage: l’utilisation de cette résine recyclée dans la fabrication de polystyrène nécessite quinze fois moins d’énergie et émet trois fois moins de GES, comparée à l’utilisation de matière fossile vierge.

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Virginie Bussières

Les déchets traités peuvent provenir aussi bien des centres de tri et que des rebus des fabricants. Pyrowave mène d’ailleurs conjointement avec la municipalité de Salaberry-de-Valleyfield un projet pilote visant à tester l’efficacité d’une collecte séparée du polystyrène. Dans ce cadre, les citoyens sont invités à apporter les plastiques #6 à l’écocentre de la ville, ce qui a permis à Pyrowave de récupérer et traiter près de 500 kg de polystyrène. L’expérience est, selon Virginie Bussières, un tel succès qu’elle attire d’autres écocentres qui pourraient prendre part au projet pilote et ainsi doubler la quantité de polystyrène récupéré d’ici à la fin de l’année.

Alors que la dépolymérisation est actuellement réalisée dans l’usine-pilote de Pyrowave à Salaberry-de-Valleyfield, un fabricant de plastique procédera prochainement à l’évaluation de la résine recyclées en vue de l’intégrer dans la fabrication du plastique.

«Notre technologie est en voie de commercialisation: l’objectif est dans un premier temps de la mettre à l’échelle industrielle dans notre région, puis nous l’exporterons.»

main résine polystyrène

À cette fin, Pyrowave a aussi conçu sa technologie sous forme de module de la taille d’un conteneur, pour permettre à un fabricant ou un centre de tri de procéder lui-même à la dépolymérisation de ses déchets sur place. En ce sens, la compagnie a conclu un premier partenariat de recyclage du polystyrène en boucle fermée, en Ontario: ReVital Polymers, un centre de tri plastique, transformera sur place les déchets qui serviront ensuite à approvisionner en résine recyclée un fabricant de styrène, Ineos Styrolution.

Le potentiel de croissance des résines recyclées issues du recyclage chimique est énorme selon Virginie Bussières. «Une étude du cabinet McKinsey prévoit que d’ici à 2050 l’industrie du plastique recyclé sera deux fois plus importante en taille que l’industrie [traditionnelle] des plastiques.»


Jocelyn Doucet, président de Pyrowave, interviendra dans le cadre du Forum Plastique qui se tiendra le jeudi 24 octobre à la SAT (Montréal).


Photo de Une : Caleb Lucas

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