Brasseurs, éleveurs, entrepreneurs en construction…, une centaine d’entreprises de la région ont vu dans la revalorisation de leurs matières une source d’innovation et de revenus.

Synergie Outaouais est un programme régional en économie circulaire destiné aux industries, commerces et institutions, que le Conseil régional de l’environnement et du développement durable de l’Outaouais (Creddo) lançait en 2017. Ce projet, récompensé par un Prix Novae 2019 en mai dernier, fait suite aux conclusions d’un diagnostic mené en 2016 et selon lequel l’économie circulaire avait le potentiel de se développer en Outaouais: on y dévoilait en effet que, tandis que la quantité de matières résiduelles non valorisées est estimée à plus de 200 000 tonnes par an dans la région, la grande majorité des entreprises consultées étaient prêtes à intégrer dans leurs pratiques le concept d’économie circulaire.

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Formations et 5@7 permettent de mobiliser les entreprises de la région autour des principes d’économie circulaire.

Ainsi, de l’écoconception à l’économie de partage, ce programme accompagne les entreprises – 86 sur toute l’année 2018 – dans les diverses variantes de l’économie circulaire selon leurs besoins. La démarche encourage particulièrement le maillage des entreprises pour développer entre elles des stratégies d’écologie industrielle, où les extrants de l’une deviennent les intrants d’une autre. Entre brasseurs et éleveurs de bétail par exemple, dont la synergie a permis en deux ans d’intégrer dans l’alimentation animale 90 tonnes de drèches, les résidus issus du brassage de la bière. Une plateforme régionale d’échange de matières résiduelles permet par ailleurs d’identifier les maillages potentiels d’entreprises; on en dénombrerait actuellement 165, selon le Creddo.

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Le Creddo a publié un recueil des pratiques d’économie circulaire en Outaouais.

Plus généralement, le maillage d’entreprises en Outaouais a permis de détourner 625 tonnes de matières des sites d’enfouissement et d’éviter l’émission de 165 tonnes de GES en 2018. Ces avantages se traduisent par des économies évaluées à plus de 150000$ pour l’ensemble des entreprises concernées. Un résultat positif que le Creddo souhaite développer. «Il reste encore des défis pour mieux faire connaitre l’économie circulaire dans la région, souligne Maude Saint-Onge, animatrice de symbiose industrielle au Creddo. Le problème est que la question des matières résiduelles n’est pas une priorité pour beaucoup d’entreprises parce que, souvent, elles ne réalisent pas le coût que représentent ces matières, et ignorent donc les solutions qui peuvent être mises en place pour réduire ces coûts.»

Pour y remédier, le Creddo favorise les échanges entre les différentes parties prenantes, telles les municipalités, entreprises et autres organisations d’aide au développement, pour identifier par exemple les freins et leviers à l’économie circulaire dans un secteur spécifique. C’est l’ambition de la table de concertation dédiée au secteur de la construction, de la rénovation et de la démolition, un secteur qui produit la moitié des matières résiduelles des entreprises dans la région. De même, un comité a été créé à la demande des acteurs locaux pour discuter des débouchés des plastiques utilisés en agriculture.

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Benoit Delage et Nicolas Greugny, du Creddo, lors de la soirée des Prix Novae 2019.

L’information et la sensibilisation des organisations sont elles aussi fondamentales pour promouvoir l’économie circulaire, que ce soit à travers des 5 à 7, des formations ou encore la publication d’un recueil répertoriant 19 projets de symbioses industrielles de la région de l’Outaouais. Ce sera aussi l’objectif de la troisième édition de la semaine de l’économie circulaire en Outaouais, un événement annuel qui proposera aux participants des tables de concertation, un webinaire, des ateliers et d’autres opportunités de réseautage au mois d’octobre.


Photo de Une: La Brasserie du Bas-Canada, à Gatineau, fait partie des entreprises engagées dans la démarche de Synergie Outaouais. La PME a notamment collaboré avec un agriculteur afin de lui donner ses résidus de brassage, ce qui s’est traduit en économies liées d’une part aux frais d’enfouissement de cette matière et d’autre part à l’achat d’aliments pour les animaux.

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