Des soins de santé à l’aide juridique, Sera utilise les principes de l’économie collaborative afin de démocratiser l’accès à ces différents services.

Entrevue avec Jean-Félix Perreault, fondateur de cette startup québécoise récemment sélectionnée au concours Mouvement 2019.

Expliquez-nous ce qu’est Sera.

Sera, une abréviation de Services Accessibles, est une entreprise de l’économie du don qui vise à favoriser l’accessibilité au bien-être. Nos activités ont commencé en 2016 avec l’ouverture de notre première clinique à Rouyn Noranda.

Vous vous attaquez en premier lieu au problème d’accessibilité aux services de santé privés : pourquoi avoir décidé d’agir sur cet enjeu?

Je suis ostéopathe et j’ai réalisé pendant mes études que ce type de service n’était pas accessible financièrement à tous. Ce constat est vrai pour tous les services de santé privés non remboursés par le gouvernement, tels que la massothérapie ou l’acupuncture, mais aussi, et c’est plus surprenant, pour des services remboursés comme la psychothérapie. Dans ce dernier cas, la priorité est donnée aux personnes en état de crise, ce qui laisse un grand nombre de patients sur des listes d’attente interminables.

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Sera a débuté ses activités avec l’ouverture en 2016 d’une première clinique basée sur les soins « redistribués ».

Quelle est votre solution ?

Nous avons créé deux cliniques [à Rouyn-Noranda et Saint-Adèle] dans lesquelles nous proposons aux clients de payer un prix volontaire dans une fourchette de 65$ et 100$ pour une séance d’ostéopathie. Tous les montants supérieurs à 65$ sont redistribués en soins gratuits à des gens dans le besoin, qui nous sont référés par des organismes communautaires. Nous appliquons ce modèle pour tous les services de santé privés que nous proposons dans nos cliniques. Qu’il s’agisse de massothérapie, de travail social, d’acupuncture ou de naturopathie, chacun de ces services a sa propre échelle de prix volontaire, auquel nous retirons 5$ pour le fonctionnement de notre modèle d’affaires. En deux ans, nous avons ainsi cumulé plus de 25000$ qui ont été redistribués à travers plus de 150 soins gratuits.

«À plus long terme,
nous étendrons Sera à d’autres types de services professionnels,
comme des services comptables, juridiques ou d’optométrie.»

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Jean-Félix Perreault

Notre but maintenant est de créer une plateforme pour décentraliser notre modèle et le rendre accessible à l’ensemble du Québec, en réunissant tous les thérapeutes qui ont envie de contribuer à notre mission. C’est un projet à grande échelle qui va fonctionner pour tous les services de soins de santé privés. Concrètement, les thérapeutes pourront s’inscrire sur notre site web et créer leur profil ; les clients pourront quant à eux les géolocaliser, prendre rendez-vous et payer en ligne selon l’échelle de redistribution des richesses. Ce concept de plateforme est novateur en ce qu’il laisse une grande liberté aux thérapeutes qui travaillent à leur rythme, selon le nombre de rendez-vous qu’ils souhaitent avoir et sans effort supplémentaire. Dans tous les cas, les thérapeutes sont payés pour chacun des rendez-vous au prix minimum de l’échelle de prix volontaire.

Parallèlement, nous ouvrirons une troisième clinique, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal. Elle prendra la forme d’une coopérative, contrairement à nos deux premières cliniques qui sont des entreprises incorporées. L’idée est également de déployer notre modèle à travers des services de professionnels en entreprise. À plus long terme, nous élargirons à d’autres types de services professionnels, comme des services comptables, juridiques ou d’optométrie.

Quel est le principal défi d’affaires que vous devez relever actuellement ?

Notre défi est de trouver des investisseurs qui comprennent nos valeurs. Nous avons en effet choisi le statut d’entreprise incorporée pour développer notre projet à grande envergure puisque nous pensons qu’il est possible pour une compagnie d’avoir des valeurs fortes, de faire des profits et d’en redistribuer une partie. Ce choix s’avère pourtant un défi étant donné que les représentants du milieu financier à qui nous avons parlé nous perçoivent davantage comme un organisme à but non lucratif, de sorte que selon eux, nous ne pouvons garantir un gain intéressant aux investisseurs potentiels. Nous nous trouvons donc dans une zone grise puisqu’il n’existe pas au Canada de cadre légal pour des modèles d’affaires comme le nôtre, à l’instar des entreprises d’intérêt pour la société que sont par exemple les Benefit corporations aux États-Unis.


Sera fait partie des 9 entreprises sélectionnées dans le cadre du concours Mouvement afin d’accélérer leur développement d’affaires à impact. Initié par Novae et Loto-Québec, Mouvement 2019 est mené en collaboration avec Cascades et Keurig.

Photo de Une: Duy Pham

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