Un mouvement citoyen est en train de transformer un ancien bâtiment ferroviaire montréalais afin d’en faire un lieu de rassemblement pour stimuler et animer toute une communauté.

Abandonné depuis le départ de l’entreprise Alstom en 2003, le Bâtiment 7, situé sur les anciens terrains du Canadien National au sud de Pointe-Saint-Charles, à Montréal, fut un moment destiné à être transformé en casino. Mais après la mobilisation de la communauté environnante, les citoyens ont obtenu un million de dollars de la part du propriétaire du terrain, le promoteur immobilier Groupe Mach, pour financer les travaux de ce bâtiment de plus de 90000 p2 sur deux étages, situé à l’angle des rues Le Ber et Sainte-Madeleine. L’organisation, qui réunit aujourd’hui des citoyens et des organismes, travaille depuis sept ans en vue d’une ouverture en janvier 2018. « Notre mission est de créer un projet durable, viable et enraciné dans la communauté, tout en misant sur le rayonnement et la visibilité extérieure », raconte Kevin McMahon, responsable des finances du projet.

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La conversion du Bâtiment 7 sera réalisée par phases, dont chacune incarne un des axes de déploiement de la mission : pratiques collaboratives et services de proximité, famille et santé, sécurité alimentaire et agriculture urbaine, ainsi qu’art contemporain. « Le bâtiment a été construit entre 1925 et 1950 et laissé à l’abandon depuis treize ans, il a été totalement négligé. La brique s’est détachée à plusieurs endroits, le toit coule, les infiltrations d’eau sont nombreuses. La phase initiale consiste donc à consolider l’ensemble de l’édifice. Ces travaux de réfection doivent être complétés d’ici l’été prochain; après ça, l’aménagement intérieur pourra alors commencer. » La première des quatre phases de sa réhabilitation sera complétée d’ici un an et les premiers aménagements occuperont une superficie de plus de 20 000 p2 incluant une place publique à l’avant du bâtiment, une ruelle verte ainsi que des jardins collectifs.

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Le budget pour réaliser la première phase est estimé à 4 millions de dollars. Pour rassembler les fonds nécessaires, Kevin McMahon et son équipe ont fait appel à différentes sources de financement. « Nous avons utilisé les obligations communautaires, des prêts avec longue échéance et intérêts, des prêts hypothécaires et, maintenant, le financement participatif ». En effet, après avoir fait partie d’un projet-pilote avec le TIESS en décembre pour obtenir 50 000$ en obligations communautaires, le Bâtiment 7 est en pleine campagne de sociofinancement. « Les obligations communautaires sont un outil de financement intéressant : c’est de l’investissement responsable, il y a un lien direct avec les investisseurs, et les conditions de prêt sont avantageuses. C’est une expérience que nous allons renouveler dans le futur. Aujourd’hui, l’objectif de notre campagne de sociofinancement est de faire parler de nous et d’agrandir notre communauté. » En plus du million de dollars obtenu du propriétaire du terrain, le projet Bâtiment 7 a reçu 1 250 000 $ de la Ville de Montréal.

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La seconde phase du projet, dont la réalisation est prévue en 2018-2019, prendra la forme d’un pôle famille-santé. Il y aura notamment un CPE de 80 places, une maison de naissance et des groupes de santé alternative. Un pôle alimentaire comprenant une serre, une cuisine et possiblement des animaux de ferme doit ensuite voir le jour en 2020. L’organisme Quartier Éphémère-Fonderie Darling, dont le mandat est de soutenir la création, la production et la diffusion d’œuvres d’art actuel, prendra en charge la transformation de la dernière section de l’immeuble pour en faire un lieu dédié à l’art contemporain. « Nous sommes dans une zone qu’on pourrait qualifier de désert alimentaire tant l’accès aux fruits et légumes est restreint. Avec, de plus, la faible offre culturelle dans le secteur, le Bâtiment 7 doit être un futur lieu incontournable de Pointe-Saint-Charles. L’objectif est de réunir toute une communauté autour d’un lieu fédérateur qui fait la promotion du DIY (Do It Yourself). On veut créer un modèle de vie de quartier qui soit réplicable dans n’importe quelle ville tout en étant un modèle de préservation du patrimoine industriel. »

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