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Ferme de rue: Démocratiser l’agriculture urbaine

Par La Rédaction | 30 mai 2022 | Organisme

L’organisme mobilise les citoyens et commerçants de son quartier pour que toute la communauté prenne activement part à son projet de verdissement nourricier.

«Je cultive mon terrain depuis plus de vingt ans. C’est une activité qui vient de mes parents: ma mère s’occupait des fleurs, mon père du jardin, j’ai fait une fusion des deux !» C’est ainsi que Réal Migneault résume la façon dont sa carrière a pris au cours des dernières années un tournant agricole à travers la création de la Ferme de rue, un organisme qui oeuvre en agriculture urbaine locale dans le quartier Ahuntsic-Cartierville, à Montréal, récemment récipiendaire d’un Prix Novae 2022.

Avant d’être un professionnel de l’agriculture urbaine, Réal Migneault a eu une longue feuille de route en matière de développement durable. Dès 2004, il fonde son cabinet-conseil, RPM Développement durable, ce qui le conduit pendant une quinzaine d’années à concrétiser bien des «premières» dans ce domaine alors en émergence au Québec. Il contribue par exemple à la conception du Geos Spa Sacacomie, l’un des tout premiers bâtiments au Canada à recevoir la certification FSC. Il passe ensuite au sein de la firme d’architecture Lemay, en tant qu’associé et directeur du développement durable. Là, il gère des projets utilisant les nouvelles normes de l’architecture durable, telles que Net Zero et Architecture 2030. «C’était une période très intense, avec une importante charge de travail. C’est quand je me trouvais dans mon jardin que je parvenais à ne plus penser à rien, presque contemplatif. Ça a été un déclic: c’est ici que j’étais bien.»

Réal Migneault (au centre) avec une partie de son équipe lors des Prix Novae, le 4 mai dernier.

En 2017, il retourne sur les bancs d’école afin de suivre une formation en agriculture, avec l’idée de créer une ferme, hors de Montréal. «J’ai réalisé que j’avais déjà une ferme, chez moi!» Ce père de quatre enfants était en effet parvenu au fil des années à un certain niveau d’autonomie alimentaire. Au point que, les enfants ayant grandi et quitté peu à peu le foyer familial, il s’est mis à vendre devant chez lui ses surplus. «Il y a eu un vrai engouement. J’étais devenu le dépanneur à légumes de mon quartier.»

Non seulement se met-il à travailler son terrain comme un vrai projet de micro-ferme, mais il repère aussi le terrain en friche aux abords de l’église Saint-Jude, à deux pas de chez lui. Un soir, il va cogner à la porte du presbytère. «Je suis arrivé la pèle à la main, le prêtre était en train de se faire à manger, et je lui ai demandé s’il acceptait que je fasse pousser des légumes sur son terrain! L’idée lui a plu.» Après un dépôt de dossier en bonne et due forme auprès du conseil d’administration de la paroisse, il a revalorisé à l’été 2020 une première portion de 6000 pieds carrés de terrain. Une centaine de bénévoles se sont impliqués dès la première saison, pour préparer le terrain en vue d’effectuer la première production en 2021.

La Ferme de rue voyait le jour. Son concept intégrait dès le début des considérations en matière de biodiversité, intégrant notamment au maraichage des fleurs mellifères et comestibles, ce qui rend le projet bon… et beau. «Les gens s’arrêtent, prennent des photos, me posent toutes sortes de questions.»

Car si la Ferme de rue s’inscrit dans une démarche de maraichage professionnel, elle a aussi une vocation de formation afin d’aider les citadins à développer leurs propres pratiques agricoles. «L’agriculture urbaine connait une belle effervescence, mais ce sont souvent des projets situés sur les toits et auxquels les citoyens ont peu accès. Notre nom le dit: notre production se voit depuis le trottoir. Nous voulons offrir un modèle pour ceux qui veulent cultiver chez eux.»

C’est aussi pour cela qu’en plus des productions en pleine terre, l’organisme utilise des pots de géotextile pour les petits fruits. «C’est un autre bon exemple de la façon dont les citoyens peuvent se créer des mini-jardins sur leur balcon.»

Ancrée dans son quartier, La Ferme de rue a mobilisé citoyens, écoles et commerces. Elle a par exemple collaboré avec la quincaillerie de quartier qui lui a commandé l’entièreté des 25000 plants et semis saisonniers dont elle avait besoin. Elle fait aussi appel pour le démarrage des plants sous serres à la ferme sociale Jeunes au travail, située à quelques kilomètres de là, à Laval, ou encore à la boulangerie La Bête à pain afin d’y vendre ses produits, en plus de ce qui est remis gracieusement à certains organismes oeuvrant en sécurité alimentaire.

Vu le contexte nous poussant collectivement à développer urgemment notre autonomie alimentaire, des Fermes de rue pourraient-elles voir le jour dans d’autres quartiers de Montréal, voire dans d’autres villes ? «Le modèle est duplicable, assurément. Il y a beaucoup de potentiel. Nous avançons à notre rythme et prenons les projets à hauteur d’hommes.»


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