Des textiles usagés aux sols contaminés, en passant par le plastique, les champignons pourraient constituer une vraie solution pour nos déchets.

Ensemble de techniques émergeantes de décontamination, la mycoremédiation utilise les champignons pour décomposer les substances polluantes. Cette technologie environnementale se fonde plus spécifiquement sur les caractéristiques du mycélium, soit l’appareil végétatif du champignon présent dans le substrat. Cette partie filamenteuse du champignon a en effet la capacité de se propager en grand nombre et d’absorber pour se nourrir des substances organiques, voire inorganiques, y compris des polluants comme les hydrocarbures, les métaux lourds ou les pesticides.

«Au niveau des connaissances, on en est au tout début de l’utilisation de la mycoremédiation, indique David Dussault, chercheur en sciences environnementales et président de Mycocultures, une stratup québécoise qui se consacre à ces technologies. Il faut caractériser quelles espèces [de champignon] sont les plus efficaces dans ces applications et c’est ce que nous faisons actuellement.»

En outre, on constate que ces techniques aux nombreuses possibilités d’application attirent déjà les centres de traitement des déchets et les industries, que ce soit pour dégrader des déchets industriels, accélérer la dégradation des matières dans les sites d’enfouissement ou dépolluer eaux et sols contaminés.

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David Dussault s’est intéressé en particulier aux textiles non revalorisables, délabrés ou contaminés, comme les chiffons usagers imbibés d’hydrocarbure provenant d’ateliers de mécanique automobile. «Ces textiles sont habituellement envoyés à l’enfouissement et mettent des centaines d’années à se dégrader.» Mycocultures a ainsi développé une technique de traitement des textiles synthétiques en partenariat avec Certex, un centre de tri de récupération et de valorisation du textile situé à Saint-Hubert et Terrebonne. «Nous avons fait des tests en les mélangeant avec du mycélium [et des matières organiques comme la paille], et cela nous a permis de minéraliser les polluants.» Il en résulte une matière biodégradable, sans trace de polyuréthane, d’huile lourde, d’hydrocarbure, d’amide ou de PVC, à l’issue d’un processus de traitement d’environ trois mois.

Autres applications potentielles: cette matière peut servir de filtre pour décontaminer des milieux pollués, ou de matière première en intégrant la fabrication d’emballages en remplacement du polystyrène, des matériaux de construction comme les briques et les panneaux d’isolation, ou encore des pare-chocs et boitiers d’ordinateur pour remplacer les polymères.

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Mycocultures mène parallèlement d’autres expériences en laboratoire pour tester des techniques de décontamination en insérant directement le mycélium dans les sols et eaux pollués par les hydrocarbures. «Nous faisons notamment beaucoup d’essais de cocultures – le mariage de plusieurs cultures – pour voir si l’efficacité de la décontamination est accrue», précise David Dussault.

L’objectif est maintenant de réaliser des expériences à plus grande échelle. Un projet pilote est d’ailleurs envisagé à Montréal en collaboration avec un centre de traitement des sols contaminés dans le but d’augmenter la rapidité de traitement des polluants. Ce projet sera l’occasion d’établir une preuve de concept de ce procédé de décontamination par mycoremédiation. Et d’entamer toutes les démarches nécessaires à sa commercialisation dans un contexte où l’intérêt pour la mycoremédiation est grandissant partout dans le monde, notamment dans la mesure où elle pourrait peut-être contribuer à dégrader les plastiques en fin de vie.


Photos : Mycocultures

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