Symbole de l’appropriation par les citoyens d’un lieu vacant au profit de la communauté, le Bâtiment 7 a ouvert ses portes aujourd’hui.

Après plus dix ans de mobilisation citoyenne et de développement, «l’année 2017 a marqué un bond de géant pour notre organisme», souligne Judith Cayer, chargée de projet en développement au Collectif 7 à Nous, qui porte le projet Bâtiment 7, cet édifice dans le quartier Pointe-Saint-Charles, à Montréal, abandonné depuis le départ de l’entreprise Alstom en 2003. Une année 2017 rythmée par les travaux de rénovation et d’aménagement du bâtiment, le bouclage du montage financier, l’organisation interne et la mobilisation de la communauté. Résultat: la première phase du projet, le pôle des pratiques, qui comprend une épicerie, un café-brasserie et plusieurs ateliers, a officiellement ouvert ses portes au public aujourd’hui.

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«Concrètement, nous avons entamé 2018 avec 4,2 million $ d’amassés pour la phase 1, des travaux de base presque complétés et un écosystème interne qui est passé de 10 personnes à 100 membres activement impliqués.» Les réunions s’enchaînent pour finaliser le mode opératoire du bâtiment, notamment pour définir la manière dont les nouveaux membres seront intégrés, l’horaire des ateliers ou la façon dont les lieux seront utilisés. A quelques jours de l’ouverture, le Bâtiment 7 ressemblait à une ruche en pleine activité. Et si la brasserie et l’atelier dédié à la chambre noire ne sont pas encore opérationnels le Jour J, l’ensemble des activités devrait être fonctionnel dès le début de l’été. «Le Bâtiment 7 n’est pas un projet motivé par une approche-client, mais bien par le fait d’être très concrètement un lieu d’appropriation par tous. C’est la nature du projet que d’être un commun, un lieu en perpétuelle évolution qui appartient à ceux et celles qui s’y impliquent.»

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L’équipe du Bâtiment 7 pendant les travaux de rénovations.

Se définissant comme une «fabrique d’autonomie collective», le Bâtiment 7 a la particularité d’être autogéré par des groupes communautaires. La prochaine étape consistera donc à «mettre à l’épreuve la structure organisationnelle : nous peaufinerons les différentes modalités de fonctionnement, nous mettrons sur pied des systèmes informatiques de partage de l’information et de soutien à notre vie démocratique.» Avec l’été viendra le temps d’embellir les espaces extérieurs par l’aménagement de jardins et l’installation de ruches. «Progressivement, nous comptons sortir des urgences de l’ouverture pour vivre de plus en plus notre mission d’accessibilité, de créativité et de démocratie directe.» Ce sera enfin le début de la mise en route des prochaines étapes de développement du projet, le pôle famille-santé (incluant un CPE et une maison de naissance) et le pôle alimentaire (avec une serre et une cuisine), qui devraient voir le jour d’ici à 2020.

kabane77

D’autres édifices donnent lieu à une réappropriation par la communauté, comme ici Kabane 77 dans le Mile-End, à Montréal.

L’élément clef du succès du projet ? C’est pour Judith Cayer la mobilisation citoyenne. «Le Bâtiment 7 est né des communautés: celles-ci n’ont pas trouvé d’accès aux officines formelles du pouvoir, et ont dû affronter, plusieurs années durant, les portes closes des bailleurs de fonds ainsi que des autorités municipales et d’arrondissement. À force d’entêtement, nous avons réussi à réaliser notre vision et ainsi à devenir un projet acceptable.» C’est d’ailleurs une vision qui fait d’ores et déjà échos auprès d’autres communautés, comme la Kabane 77 et À nous la Malting à Montréal.

Photo de Une par Michel Ionergan

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