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Jamais le secteur alimentaire n’aura été en aussi grand questionnement : farines à base d’insectes, thés fermentés, pêche durable, entrepreneurs de tout genre et innovations technologiques changent le portrait de l’industrie.

Le futur passera par l’alimentation, peu de risques dans cette prédiction, la population croît, les ressources naturelles s’amenuisent et la santé de tous passe par une saine alimentation. Après avoir utilisé la science pour optimiser le plus possible la production de masse – pensons culture hydroponique intensive, élevage en batterie ou encore OGM – la question du sens de l’alimentation et d’une production durable et raisonnée se pose.

C’est une véritable prise de conscience collective à laquelle on assiste depuis plusieurs années ; sur l’importance de ce que l’on mange et de l’impact sur notre santé et notre écosystème économique ; provenance, qualité des aliments, conditions de vie des animaux d’élevage, compréhension de la chaîne d’approvisionnement, impacts environnementaux sont autant de sujets qui intéressent le consommateur et qui deviennent même des impératifs dans ses choix.

Sans tomber dans l’orthorexie et en prenant conscience de la réalité qu’est l’industrie agroalimentaire, c’est une communauté sans cesse croissante d’entrepreneurs et d’innovateurs qui embrassent les principes d’une alimentation et d’une filière alimentaire saines. Petit tour d’horizon des tendances à suivre au Québec dans cette économie qui représente un marché de plus de 35G $ et emploie près de 500 000 personnes.

1 – Local local local

Une des première tendances dans un marché de consommation est de se recentrer sur l’activité locale. Les communautés de producteurs locaux ont été au cours des dernières années une tendance de fond au Québec. Qu’il s’agisse d’outils facilitant la mise en relation de producteurs et les consommateurs comme la plateforme maferme.ca ou encore les producteurs et les restaurateurs comme le propose Provender, de certifications sur la tenue écoresponsable d’événements garantissant un approvisionnement alimentaire dans une rayon de quelques kilomètres ou encore de (re)découvrir et de préserver des variétés régionales de légumes et de céréales comme le propose USC Canada : le local a la cote.

maferme plateforme producteurs agricoles

La plateforme maferme.ca met en relation producteurs et consommateurs

2 -Trouver des alternatives (responsables) aux protéines

L’épuisement des sols et les périodes de sécheresses sans précédents qu’ont connu de grandes régions agricoles (on pense notamment à notre “voisine” californienne) ont amené des questionnements de fond sur l’exploitation des ressources naturelles et sur des alternatives raisonnées à proposer face à l’élevage animal intensif. C’est vers les insectes et leur double avantage apports protéinés/ressources nécessaires pour en faire l’élevage que se tournent plusieurs. Des organisations comme Tarzan (pour les humains) ou encore Bug bites (pour les animaux) proposent des aliments à base de farines d’insectes, et la tendance prend de l’ampleur offrant à des régions agricoles en friche une alternative efficace pouvant devenir un intrant pour les filières parallèles comme l’aviculture.

Tarzan barre chocolat farine criquets

Les produits Tarzan nutrition à base de farine de criquets

3 – Manger sain simplement

Faire de l’alimentation saine une habitude facile à adopter, c’est garantir pour le consommateur l’accès aux produits biologiques et/ou certifiés. L’engagement de grandes chaînes de distribution sur les filières biologiques/responsables permet aux consommateurs d’avoir accès à ces produits dans leurs épiceries. Les paniers biologiques de fruits et légumes, ceux de viandes issus d’élevages locaux ou encore les marques autrefois réservées aux magasins d’alimentation spécialisés font leur entrée dans les rayons des grandes enseignes. On pense notamment à la certification aliments du Québec bio ou encore aux engagements pris au niveau de la pêche durable.

4 – Tout se crée rien ne se perd tout se transforme

Au Québec ce sont plus de 30 000 tonnes de denrées alimentaires qui sont jetées chaque année et la prise de conscience de ce gaspillage fait émerger une mouvement fort de “réutilisation” des denrées alimentaires. Les épiceries zéro déchet comme Loco ou Les Emballés mettent au cœur de leurs communications (et de leurs stratégies d’affaires) l’optimisation des ingrédients, où les pelures de fruits deviennent des jus ou des confitures et où l’on incite le consommateur à utiliser ses propres contenants pour se procurer des produits en vrac. Dans certains cas, le “déchet” devient matière première comme pour la nouvelle entreprise Loop qui détourne des fruits et légumes non utilisés pour en faire des jus frais pressés ou encore Blanc de gris qui utilise le marc de café et les résidus de l’industrie brassicole pour cultiver des pleurotes.

Champignon blanc de gris marc café

La ferme urbaine Blanc de gris, propose aux restaurateurs des pleurotes cultivées à Montréal

5 – S’inspirer de modèles d’autres pays

L’internationalisation de la cuisine inspire les chefs et les entreprises agro-alimentaires québécoises. Qu’il s’agisse de kombucha originaire de mongolie, de maté amérindiens Guaranis ou encore de cola, les entrepreneurs québécois développent leurs propres marques d’inspiration hors Québec. L’exotisme produit localement, les vertus en plus, l’impact du transport (et les marges d’intermédiaires) en moins.

boisson yerba mate

L’entreprise Prime Mate brasse une boisson à base de yerba mate d’inspiration sud-américaine

6 – Génération foodies connectés

La génération foodies n’est pas seulement sur instagram. Une étude américaine constatait en 2014 (déjà) une inversion de tendance extrêmement révélatrice: les adolescents (américains) dépensaient plus au restaurant que pour s’acheter des vêtements. Le partage de bonnes adresses, de recettes, de nouvelles tendances via les réseaux sociaux, c’est également le signe d’un consommateur informé, vigilant et exigeant, à la fois lanceur d’alertes et fan inconditionnel que s’arrachent les marques pour promouvoir leurs produits. Ce sont également des entrepreneurs en devenir qui n’hésitent pas à créer l’offre lorsqu’elle n’existe pas. 

7 – Désert alimentaire

Les déserts alimentaires sont une réalité dans nos villes. Plusieurs organisations tentent d’y répondre en donnant accès à des primeurs aux populations qui n’y ont que trop rarement accès. Les cuisines collectives Hochelaga-Maisonneuve et leur potager, les vélos Fruixi ou encore les ateliers d’éducation alimentaire permettant de sensibiliser les plus jeunes et d’en faire les ambassadeurs de saines habitudes alimentaires dans leurs familles, autant d’initiatives visant à contrer la statistique selon laquelle seulement 30% des Montréalais consommeraient les cinq fruits et légumes par jour recommandés par le Guide alimentaire canadien.

8 – Cuisine de rue

Incontournable depuis plusieurs années, le phénomène bouffe de rue se raffine. Qu’il s’agisse de l’étendue de l’offre (camion pizzeria, végétarien, indien, sushi, raclette, j’en passe et des meilleurs), des alternatives sur 2 roues plus écologiques (le foodbike remplacera-t-il le foodtruck ?) ou encore de l’installation de frigos solidaires comme le Fridge dans l’arrondissement Rosemont-La-Petite-Patrie à Montréal permettant aux citoyens de donner directement, la rue est devenue un lieu d’expression pour l’alimentation de demain.

pista café triporteur

Le triporteur Café pista a ouvert son 1er point de vente au printemps après avoir moulu son café à la force des jambes dans les parcs montréalais

9 – Agriculture urbaine

Initiés il y a déjà près de 10 ans à Montréal, les toits verts et leur potentiel en agriculture urbaine ont fait des émules. De la pionnière Ferme Lufa et ses paniers livrés directement chez le consommateur en passant par l’apiculture urbaine que propose Alvéole, le phénomène s’étend.  L’entreprise d’économie sociale Cycle Alimenterre propose par exemple “l’ubérisation” de cours résidentielles pour en faire des potagers plus accessibles, l’initiative ÉAU- Écosytèmes Alimentaires Urbains installée sur la place Shamrock du marché Jean-Talon tout l’été sensibilisera la population aux vertus de l’aquaponie pour la production commerciale urbaine de fruits, légumes et poissons: autant d’initiatives qui permettent de faire de la ville un terrain de jeux pour les agriculteurs urbains qui se rapproprient la ville pour “cultiver leur jardin”.

aquaponie ferme verticale

La ferme verticale éducative ÉAU sensibilisera les citoyens montréalais aux vertus de l’aquaponie tout l’été

10- Techno et alimentation

Application mobile, plateforme de sociofinancement, géolocalisation…, l’appropriation de l’outil technologique apporte un réel plus dans le domaine de l’alimentation. Mobiliser sa communauté lors du lancement d’une nouvelle adresse, rendre plus efficace la localisation d’invendus alimentaires ou optimiser un trajet de livraison en temps réel pour les fournisseurs alimentaires sont autant de solutions qui permettent d’abaisser les anciennes barrières à l’entrée de l’industrie agro-alimentaires, une souplesse dans les modèles d’affaires et une hyper-réactivité en bonus.

Envie d’échanger sur la thématique ? J’animerai le 5 juin un panel d’entrepreneurs inspirants incluant Tarzan Nutrition, Cook It, Blanc de Gris, et Second Life, dans le cadre de la Jourrnée Infopresse Marketing et alimentationAu menu: gaspillage alimentaire, nouveaux modèles d’affaires, design et réflexion sur l’implication de la nouvelle génération dans ce renouveau de l’industrie de l’alimentation.

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