Résistante et très légère, la fibre de carbone est utilisée dans plusieurs industries – qui devront toutefois relever le défi de sa recyclabilité.

La fibre de carbone (FC) est utilisée dans plusieurs industries depuis déjà de nombreuses années. Les raisons pour lesquelles le matériel est devenu si populaire sont évidentes : un matériel extrêmement solide, résistant et ultraléger, des caractéristiques qui sont très prisées par des industries qui recherchent légèreté, rigidité et longévité.

La FC a contribué à de nombreux avancements technologiques: la performance du matériel a permis d’atteindre les plus hauts standards dans plusieurs industries. Malheureusement, il vient également avec un désavantage majeur : à ce jour, il est très difficile de recycler le matériaux et la majorité de la fibre de carbone produite finit, en fin de vie utile, au dépotoir.

La fibre de carbone est une matière complexe, mais simple à produire. L’inconvénient de ce matériel réside dans ses ingrédients : produits chimiques, résines et mélange de fibres. Par conséquent, bâtir un processus circulaire par lequel on pourrait réutiliser la fibre de carbone recyclée n’est pas évident puisqu’il est très difficile de séparer les matières une fois cuites au four à très haute température.

Comme la fibre de carbone subit une réduction de prix constante, sa popularité est tout aussi grandissante, atteignant les 75 milliards $ en vente globale en 2015. Les principaux secteurs utilisant la FC sont l’éolien, l’aéronautique, l’automobile et l’équipement sportif (voir ce rapport de l’University of Tennessee).

Quelques initiatives ont été mises en place par différentes organisations en Amérique du Nord dans l’optique de réutiliser la fibre de carbone. Par exemple, dans l’industrie de l’aviation, Boeing a entrepris certaines initiatives de recyclage de la fibre de carbone des avions désaffectés afin de l’intégrer à la matière première des pièces non-structurales (sièges, les portes, chariots…) de ses nouveaux avions. La fibre de carbone peut également être utilisée dans la construction de routes en incorporant les résidus de la FC au sein de l’asphalte afin d’en accroître la longévité.

L’industrie du vélo est également concernée. Plusieurs fabricants sont confrontés aux retours de cadre en fibre de carbone dont ils ne savent pas se départir de façon viable sur les plans environnemental et économique. Puisqu’il n’y a aucun centre de recyclage de carbone au Canada, on doit donc se tourner vers les États-Unis. La fibre peut y être séparée de la résine afin de produire de la nouvelle fibre ou subir un processus de broyage dans lequel les particules de fibre de carbone sont utilisées dans la production de béton et d’asphalte.

Afin d’éviter un désastre écologique, les entreprises devront opter pour un modèle d’affaires circulaire ou du moins, faire appel au modèle appelé «backcasting ». Aujourd’hui, les industries effectuent le design de leurs produits en se basant sur les propriétés du matériel afin de combler l’étape d’utilisation le plus efficacement possible. Par contre, peu d’efforts sont portés à l’étape de disposition du produit pour ainsi développer une solution de récupération de la matière première utilisée. Lorsqu’on conçoit un produit en considérant toutes les étapes du cycle de vie, il est beaucoup plus facile de prévoir la réutilisation en fin de vie utile.

eolienne-fibre

L’industrie éolienne utilise la fibre de carbone.

Alors que l’utilisation de la FC devient de plus en plus fréquente au sein d’une multitude d’industries, il devient primordial de créer un programme provincial ou national afin de récupérer la FC. Nous pourrions ainsi récupérer les structures d’avions et d’éoliennes pour fabriquer de plus petits produits comme les articles de sports, accessoires et pièces automobiles, etc. Il est également nécessaire de limiter la production de nouvelles quantités de matériel, car même avec les meilleures techniques de recyclage et de réutilisation, la FC restera dans notre écosystème pendant des centaines d’années sans se décomposer.

En attendant qu’un programme de recyclage pour la fibre de carbone voit le jour, les entreprises devront assumer la responsabilité du cycle de vie des produits qu’elles fabriquent afin de s’assurer que les consommateurs aient une solution pour en disposer responsablement. Il est temps que nous apprenions de nos erreurs et des conséquences environnementales que nous avons créé avec d’autres matériaux comme le plastique. Pour que cela devienne réalité, comme dans chaque secteur, tout débute avec l’éducation sociétale et l’implication des entreprises.

À propos de l’auteur :
Québécois d’origine, Maxime Charron vit aujourd’hui en Colombie-Britannique, où il a fondé LeadingAhead, un cabinet-conseils spécialisé en développement durable et investissement responsable.

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