Un entrepreneur allemand a développé une plateforme de sociofinancement permettant d’offrir à des citoyens un revenu mensuel de 1 000 euros pendant un an.

Le site Mein-Grundeinkommen («Mon revenu de base») a été lancé en juillet 2014 par Michael Bohmeyer, un entrepreneur spécialisé dans la vente en ligne qui venait, quelques mois plus tôt, de vendre l’une de ses startups. Dans le cadre de cette transaction, il recevait un peu plus de 1 000 euros par mois, une expérience qui, selon lui, se rapprochait du concept de revenu universel. Après réflexion, il estime que tout le monde devrait avoir accès à ce type de revenu et décide de lancer un site, basé sur le modèle du sociofinancement. Le concept est simple : à chaque fois que 12 000 euros sont amassés, cette sommes est allouée à une personne tirée au sort, qui bénéficie dès lors d’un revenu de base de 1 000 euros par mois, pendant un an.

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Michael Bohmeyer et Amira Jehia, respectivement fondateur et présidente de Mein Grundeinkommen, avec une « gagnante » d’un revenu universel

Le lancement du site connait un succès fulgurant: en à peine trois mois, le site récolte près de 50 000 euros, ce qui permet d’offrir un revenu universel à trois personnes. Les internautes ont la possibilité d’établir la portion de leur don qui sera allouée au financement d’un revenu de base, et celle qui servira au fonctionnement de Mein Grundeinkommen. Au bout de six mois, l’association reçoit assez d’argent pour employer quatre personnes à temps plein; aujourd’hui, elle compte près de 20 employés et dispose de ses propres locaux dans le sud-est de Berlin.

Désormais, l’organisation reçoit chaque mois près de 100 000 euros, dont la grande majorité provient de donateurs réguliers. Depuis le début de l’aventure, l’association a recensé près de 60 000 donateurs, dont 25 000 donnent chaque mois – le don moyen est de trois euros. En deux ans et demi, cette plateforme de sociofinancement d’un nouveau genre a récolté plus d’un million d’euros. Alors qu’elle finançait 46 revenus universels en juillet 2016, elle en assume aujourd’hui 74.

Tout le monde peut devenir un bénéficiaire de ce revenu universel : Allemands ou étrangers, de tout âge et de tout statut social, sont libres de tenter leur chance. Pour attribuer ces revenus universels, Mein Grundeinkommen organise régulièrement une loterie vidéo diffusée en direct sur le web (par Facebook Live) afin d’être la plus transparente possible.

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Pour attribuer ces revenus universels, Mein Grundeinkommen organise régulièrement des loteries vidéos diffusées en direct sur le web

Cette initiative citoyenne aura permis de replacer le revenu universel dans le débat public en Allemagne où pour le moment la grande majorité des partis politiques sont frileux à l’idée d’instaurer un tel système. Ailleurs en Europe, la question continue d’alimenter les discussions: en Finlande, le gouvernement a décidé de mener une expérimentation sur 2 000 chômeurs tirés au sort, alors qu’en France, le revenu universel est l’une des propositions principales de Benoît Hamon, le candidat du parti socialiste à l’élection présidentielle d’avril prochain. Aux Pays-Bas, un projet-pilote de revenu universel d’une période de deux ans sera déployé au cours de l’année dans quelques villes. Cette prestation sera destinée seulement aux bénéficiaires de l’assurance-chômage et de l’aide sociale, mais ces derniers pourront cumuler ce montant à un revenu de travail.

Au Québec, la question a été également abordée par le gouvernement Couillard. En février 2016, le Premier Ministre avait déclaré que le revenu universel pourrait être un bon outil de solidarité sociale dans une économie en transformation. Le gouvernement libéral prévoit des consultations à ce sujet. Le gouvernement ontarien a lui aussi décidé de lancer des consultations en vue d’implanter un projet-pilote dans la province dans un futur proche. Le gouvernement fédéral prévoit également de mener des consultations pour évaluer la faisabilité d’un tel projet à l’échelle nationale.

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