Une entreprise québécoise utilise la technologie blockchain pour développer, dans des zones de conflits, un nouveau modèle de production du chocolat.

Et si le chocolat contribuait à renforcer la paix ? C’est l’idée de Choco4Peace, une entreprise québécoise à vocation sociale, qui soutient l’autonomisation des petits producteurs de cacao, en particulier les femmes, les jeunes et les autochtones, dans des régions où la paix est fragilisée par les conflits. En Colombie par exemple où, quatre ans après l’accord de paix avec les FARC, la culture de cacao laisse la grande majorité de ses producteurs sous le seuil de pauvreté, quand la production de coca destinée au narcotrafic reste 10 à 30 fois plus lucrative pour les petits agriculteurs.

«Le chocolat a le potentiel de générer des impacts positifs en faveur de la planète et de la population, et de redonner de la dignité à ces fermiers qui aujourd’hui n’ont pas d’autres choix que de faire des activités illégales pour vivre», explique Sergio Figueredo, directeur exécutif de Choco4Peace.

Si le commerce équitable contribue partiellement à améliorer leurs revenus, pour Sergio Figueredo il est nécessaire d’aller plus loin en vue de construire la paix et de mieux outiller les fermiers pour leur permettre de développer avec succès leur entreprise. Pour ce faire, Choco4Peace les aide à percer les marchés internationaux et à attirer des acheteurs prêts à payer le juste prix pour la qualité des fèves de cacao et les impacts socio-économiques et environnementaux liés à leur production. L’entreprise leur offre aussi l’accès à des financements provenant principalement d’investisseurs d’impact, des sommes qui peuvent autant les aider à se former en gestion financière qu’à acquérir un système d’irrigation. Le tout via la blockchain. «Cette technologie crée un réseau économique décentralisé inclusif: elle connecte les producteurs avec les acheteurs, les investisseurs, les banques, les compagnies d’assurance, les ONG, etc.» Elle leur permet ainsi d’effectuer tout type de transactions et de bénéficier par ricochet de services, ressources financières ou assurances, pour leurs récoltes par exemple, peu accessibles dans ces zones rurales isolées.

choco-Tumaco C4P & UN

Sergio Figueredo (chemise blanche) avec des producteurs de la région de Tumaco, en Colombie.

Choco4Peace développe depuis près d’un an son modèle auprès de 50 fermiers de la coopérative Asprocat, près de Tumaco au sud de la Colombie, en collaboration avec le gouvernement colombien pour assurer cette transition des cultures de coca vers le cacao. C’est une première étape importante pour Sergio Figueredo. «Ces gens sont très courageux car une telle transition peut être dangereuse et compliquée pour eux dans des secteurs dominés par la culture de la cocaïne.»

Ce projet-pilote permettra de produire 75 tonnes de cacao et 8 tonnes de chocolat en 2020. Outre la vente de fèves de cacao destinée notamment aux fabricants artisanaux «bean to bar», Choco4Peace soutient également la vente de chocolat via sa propre marque – Peace Chocolate.

Présente sur les marchés nord-américain et français, l’entreprise québécoise recherche actuellement des investissements. Objectif: soutenir d’autres producteurs dans cette transition. De nouveaux projets impliquant près de 1000 petits producteurs devraient d’ailleurs se déployer dans six autres régions colombiennes.

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