Face aux grands défis environnementaux, nous avons besoin de nous mobiliser autour de nouvelles croyances.

C’est la réflexion que propose Mickaël Carlier, président de Novae, dans sa chronique Innovation sociale, à la radio de Radio-Canada. Alors que la jeune activiste suédoise Greta Thunberg (photo de Une) a fait le tour des médias après ses interventions au Forum de Davos et à la COP24, son engagement a entraîné un véritable mouvement mondial de manifestations étudiantes afin de dénoncer l’inaction politique en matière de climat. Pour autant il demeure une question: pourquoi cette inaction – politique notamment – persiste-t-elle face aux grands défis environnementaux ?

«Les changements nécessaires sont énormes, et surtout incompatibles avec notre modèle de production et de consommation; des activités qui conditionnent aujourd’hui notre qualité de vie et, finalement, notre bonheur.  Nous sommes donc confrontés à une équation qui parait insoluble. Mais prenons un pas de recul: ces notions – production, consommation, bonheur… – sont des éléments totalement subjectifs que nous avons inventés. Nos sociétés sont construites sur des histoires auxquelles nous croyons, et ces convictions maintiennent notre ordre social.» C’est ainsi que l’Homme s’est mis à croire en des mythes et des religions, mais également en l’importance de l’argent comme facteur de bonheur ou encore à la technologie comme élément indissociable du progrès. «Nous nous sommes même convaincus qu’une bonne économie pouvait se bâtir au détriment de la nature!»

«Le problème est qu’aujourd’hui nous faisons face à un système de croyances qui s’effondre littéralement sous nos yeux. Les manifestations étudiantes inspirées de l’action de Greta Thunberg en sont une nouvelle preuve : on n’adhère plus à l’histoire actuelle, on n’y croit plus. Il nous faut de nouvelles convictions, qui nous permettront d’agir collectivement. Nous devons donc inventer une nouvelle histoire, et pour cela utiliser notre imagination, comme nous le faisons depuis des millénaires.»

plasticbank

Il existe des centaines d’initiatives – comme ici Plastic Bank – qui peuvent alimenter notre imagination et servir de trame à notre nouvelle histoire.

Si les dirigeants politiques ont jusqu’à présent échoué à faire émerger cette nouvelle histoire, une trame – certes éparpillée – se construit néanmoins chaque jour un peu plus, sous l’impulsion de groupes environnementaux et autres entrepreneurs sociaux. «Quand David Côté invente Loop, cette entreprise québécoise qui revalorise des fruits et légumes invendus pour en faire des jus, il nous raconte une histoire: celle d’une société qui ne gaspille plus de nourriture. Quand Plastic Bank, de Colombie-Britannique, déploie son modèle d’affaires à partir de plastique récupéré sur les plages, cette entreprise nous raconte elle aussi une histoire: celle d’une société qui ne génère plus de déchetDe telles histoires, il en existe des centaines. C’est sur elles que l’on doit bâtir un nouveau système de convictions.»

Et si tout le monde n’est pas entrepreneur ou activiste, chacun peut néanmoins influencer l’émergence de cette histoire. «Posons-nous la question: quelles histoires souhaitons-nous écouter, lesquelles méritent notre attention? Celles, par exemple, qui racontent des succès basés uniquement sur l’argent, ou celles de succès basés sur une réelle pertinence pour la société? Bref, qui sont nos héros d’aujourd’hui?»

«Nous faisons face, à notre époque, à une grande question: après la religion, après la consommation, après la technologie, quelle sera notre prochaine grande croyance, celle sur laquelle nous pourrons bâtir la suite de l’Humanité?»


Pour écouter la chronique au complet, cliquer ici.


Photo de Une : Greta Thunberg prononçant son discours lors de la conférence COP24, en décembre dernier.

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