La jeune plateforme québécoise de mobilité urbaine Eva, qui met en contact conducteurs et passagers, mise sur un modèle démocratique.

Si cette plateforme propose une expérience d’utilisation similaire à Uber, Eva prend le contrepied du géant américain et se distingue par son modèle de coopérative solidaire. L’objectif est en effet d’éviter «les dysfonctionnements du modèle de type Uber, et en particulier de précariser les chauffeurs, indique Dardan Isufi, cofondateur d’Eva. Notre modèle assure une gouvernance démocratique qui permet aux membres de définir les valeurs qu’ils veulent porter et de gérer l’ensemble des activités, des décisions stratégiques aux opérations, en passant par la tarification.»

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Un lancement «bêta» de l’application a été effectué en novembre (photo: Carmel Lagrandeur)

À la demande des communautés, Eva déploiera des coopératives locales responsables des activités avec leurs membres dans une zone géographique déterminée. Par ailleurs, Eva prélève auprès des membres conducteurs une commission de 15% par course – contre 25% chez Uber – dont 1% est destiné à Eva tandis que 10% sont versés à la coopérative locale. Quant aux 4 % restants, ceux-ci sont destinés à un fonds commun offrant une récompense collective à tous les membres de la coopérative, y compris les membres particuliers ou corporatifs de soutien qui désirent contribuer à ce mouvement coopératif sans y participer directement.

L’autre particularité d’Eva est de baser l’ensemble de son modèle d’affaires sur la blockchain (ou chaîne de blocs) qui, rappelons-le, est un registre numérique de transactions décentralisé permettant de stocker des informations de manière sécuritaire, transparente et immuable, et de les transférer partout, rapidement et sans intermédiaire. L’utilisation de la blockchain assure «la sécurité et la confidentialité des données des membres, grâce à un protocole – dit de cryptographie asymétrique ou à clef publique – qui permet l’échange d’information seulement entre le conducteur et le passager, ainsi qu’avec la coopérative locale», explique Raphaël Gaudreault, cofondateur d’Eva. Contrairement à un serveur centralisé communément utilisé pour l’exploitation des plateformes, la blockchain permet de décentraliser les informations confidentielles auxquelles Eva – l’entité globale – n’a aucun accès. Malgré la complexité de cette technologie numérique, l’utilisation d’Eva reste pour les utilisateurs aussi simple que n’importe quelle application. Dardan Isufi croit en outre que la blockchain devrait «réduire à long terme les coûts d’opération, entre autres parce que les membres passagers pourront un jour payer en cryptomonnaie, ce qui retirera les frais de paiement traditionnel.»

L’année 2019 s’ouvre sous de bons auspices pour la coopérative qui vient de se voir attribuer l’autorisation gouvernementale d’opérer son service à Montréal, Québec et Gatineau dans le cadre d’un projet pilote. Dardan Isufi relève qu’«Eva connait déjà un bel enthousiasme auprès du public avec plus de 4000 téléchargements de l’application et près de 300 membres conducteurs.» La coopérative lancera officiellement son service à Montréal d’ici trois semaines et poursuivra son déploiement dans les deux autres villes québécoises en cours d’année, ainsi qu’à Auckland en Nouvelle-Zélande et à Mexico.


Photo de Une par Laurianne Gervais-Courchesne

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