À l’instar de l’Europe ou des États-Unis, villes et citoyens du Québec sont en passe de devenir de nouveaux acteurs d’une énergie propre et décentralisée.

La tendance mondiale s’oriente vers la décentralisation et la décarbonisation de la production d’énergie, deux caractéristiques allant souvent de pair. Ce constat de Bertrand Fouss, directeur stratégie de Coop Carbone, souligne aussi la volonté grandissante des acteurs locaux de se réapproprier la production énergétique.

Bien sûr, l’autoproduction d’énergie évolue à un rythme différent dans le monde, dépendamment des programmes gouvernementaux et du contexte local. Au Québec, l’importante part d’hydroélectricité réduit le besoin de décarboniser la production d’électricité. Ce qui n’empêche l’émergence de projets tels que Celsius, un futur réseau de géothermie dans des ruelles de Rosemont, réalisé en partenariat avec Coop Carbone: la motivation derrière de telles initiatives québécoises d’autoproduction d’énergie relève davantage d’une «entraide entre citoyens pour la création d’un milieu de vie plus solidaire et écologique, sans carbone, indépendamment de la technologie», souligne Bertrand Fouss.Conférencier_Bertrand_Fouss

D’ailleurs, le déploiement de tels projets de décentralisation devrait, selon lui, entrainer dans sa foulée la création de coopératives énergétiques. Répandues en Europe et aux États-Unis, elles ont par exemple contribué au développement des énergies renouvelables en Allemagne. «Il existe une forte culture de l’économie sociale et des coopératives au Québec. On peut donc supposer que les coopératives joueront un rôle de plus en plus important dans la production d’énergie, et plus généralement, dans la gestion de la consommation d’énergie pour une plus grande efficacité énergétique.»

celsius

Exemple de décentralisation de production énergétique développé dans le cadre du projet Celsius, à Montréal.

Si pour l’heure le gouvernement provincial tient un rôle majeur sur les questions énergétiques, Bertrand Fouss croit que l’on verra les villes, directement impliquées dans la lutte contre les changements climatiques, elles aussi s’imposer dans la transition énergétique. «Le rôle des municipalités est essentiel : elles peuvent encourager, développer des politiques proactives. Je ne pense pas, par exemple, que le projet Celsius verrait le jour sans l’aide de l’arrondissement Rosemont. La ville, c’est un important levier d’actions pour permettre à tout un écosystème de différents partenaires de travailler ensemble dans le développement de l’intérêt collectif.»

Lire aussi : Celsius, la géothermie à l’échelle d’un quartier

L’analyse des avantages pour la collectivité parait donc indispensable au soutien d’un projet, et ce, au-delà de son aspect économique. Car si un système de géothermie collective installée dans une ruelle comme le propose le projet Celsius engendre une facture énergétique moins élevée pour chaque résident connecté, «il renforce aussi le tissu social et la convivialité entre voisins.» Une telle démarche, certes axée sur l’énergie, constitue aussi une occasion d’apporter d’autres solutions de résilience aux changements climatiques dans le quartier, comme la réduction des ilots de chaleur par le verdissement des ruelles ou l’atténuation des effets des canicules grâce à la climatisation géothermique, sans rejet de chaleur vers l’air extérieur. « Il faut donc voir chacun des projets comme ayant sa logique propre et ses intérêts propres qui amènent toute une série d’autres avantages pour la collectivité, tant à l’échelle locale que plus globale

Inauguration ce printemps en France d'un parc solaire "citoyen" créé sous l'impulsion de la coopérative d'énergie Enercoop.

Inauguration ce printemps en France d’un parc solaire « citoyen » créé sous l’impulsion de la coopérative d’énergie Enercoop.

En ce sens, la définition de l’intérêt collectif visé par un tel projet devient alors essentielle pour les pouvoirs publics. On parlera évidemment de réduire les émissions de GES, mais peut-être aussi de mesures d’adaptation comme le verdissement d’un quartier par exemple. Bref, par cette réflexion, chaque partenaire peut, selon Bertrand Fouss, agir de différentes manières en soutien à un projet et y trouver ses bénéfices.


Venez découvrir toutes les opportunités que vous pouvez saisir en lien avec la décentralisation énergétique avec Bertrand Fouss, conférencier lors du Forum Novae, le 25 octobre.


* Photo de Une: Le Brooklyn Microgrid rassemble une communauté de citoyens mobilisés autour d’un réseau communautaire de production et de consommation d’énergie propre et locale.

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