Des entreprises adoptent une nouvelle forme d’innovation qui leur permet de pérenniser leurs activités commerciales tout en préservant la planète : fabriquer moins de produits.

Alors que nous vivons dans un monde fini, ayant des limites, on saisit de mieux en mieux combien il est irréaliste de vouloir viser une croissance et une production d’objets à l’infini. Dans sa chronique Innovation sociale, à Radio-Canada, Mickaël Carlier, président de Novae, rappelle en effet que dans cette perspective l’on fait face à deux problèmes majeurs: les ressources pour fabriquer ces produits sont limitées et la quantité de déchets que ce système induit devient insoutenable.

La réponse à ce double-problème: produire moins. Comment? En repensant la façon dont on utilise nos produits et en optimisant ceux qui existent déjà et qui sont sous-utilisés. «Pensons-y : combien de temps roule votre voiture ? En incluant tout ce temps où vous êtes pris dans le trafic, admettons 4 heures par jour. Ça laisse une bonne vingtaine d’heures durant lesquelles votre véhicule est inutilisé. Combien d’heures utilisez-vous votre tondeuse? Combien de gaufriers, d’extracteurs à jus, de perceuses… – la liste peut être très longue – qui dorment 95% du temps dans vos armoires ? Pourtant tous ces objets ont été fabriqués, transportés – des ressources naturelles ont été utilisées – pour  finalement une efficacité très médiocre.»

Et pour assurer une meilleure utilisation, il convient de multiplier le nombre d’utilisateurs par objet, que ce soit par le partage ou la location. Dans le secteur automobile, pensons à Turo – qui compte plus de 400 000 utilisateurs au Canada – ou, plus localement, Locomotion qui vient d’être lancé à Montréal, deux plateformes qui permettent à un propriétaire de louer sa voiture à ses voisins. «Ça coûte moins cher pour les deux, ça optimise l’’existence’ du véhicule et ça évite que le voisin en question s’achète lui aussi une voiture! A court terme, on désengorge nos rues et réduit le nombre de places de stationnement qui, aujourd’hui, monopolisent l’espace public. A long terme, on réduit cette nécessité de produire toujours plus de voitures.»

car2go

Avec Car2Go, le groupe Daimler a fait une entrée dans l’économie de service.

Est-ce que réduire la production signe la mort des entreprises et l’effondrement de notre économie? «Non, au contraire, c’est ce qui sauvera notre économie qui, aujourd’hui, est basée sur l’utilisation – jusqu’à épuisement – des ressources. Or, lorsqu’il n’y a plus de ressource, il n’y a plus d’économie.» Plusieurs entreprises l’ont compris et ont déjà amorcé ce virage, à l’instar du service international d’auto-partage Car2Go, propriété du constructeur automobile Daimler. «Le groupe a ainsi amorcé un virage dans son modèle d’affaires, à travers lequel il loue ses véhicules, plutôt que de les vendre.» Idem pour l’entreprise québécoise Marmott, qui «loue» ses systèmes de géothermie résidentielle, ou encore la marque française Bocage qui vient tout juste de lancer un projet-pilote de location… de chaussures, afin de réduire le gaspillage et optimiser ses produits en fonction des goûts de ses clientes.

«Tout cela fait référence à l’économie de service, ou de fonctionnalité : l’usage que l’on fait du produit est plus important que le produit lui-même. L’idée au coeur de ce système est que l’entreprise demeure propriétaire de son produit. Et cela change tout : l’entreprise cherchera alors à faire durer son produit le plus longtemps possible et n’aura plus intérêt à ce qu’il tombe en panne. Finie, donc, l’obsolescence programmée ! Vous allez voir dans les prochaines années : on va vous proposer de plus en plus d’objets, non plus à l’achat mais à la location. Les entreprises les plus innovantes l’ont déjà compris.»


Pour écouter la chronique au complet, cliquer ici.


Photo de Une par Christopher Burns

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