Comment les collaborations entre grandes entreprises et petites organisations peuvent-elles constituer un levier d’innovation?

Alors que le Concours Mouvement met spécifiquement de l’avant la création de telles collaborations, Simon Robert, directeur de la responsabilité sociale chez Loto-Québec, partenaire du concours, explique ce que peuvent permettre ces nouvelles approches, dans une perspective d’impact sociétal.

La nouvelle version du concours Mouvement met l’accent sur les relations d’affaires entre de plus petites organisations et des grandes entreprises : quels sont les avantages pour chacun de ces acteurs?

Simon Robert : Le concours Mouvement offre aux petites organisations une reconnaissance de leur potentiel par des grands donneurs d’ordre. Il permet par ailleurs aux grandes entreprises une mise en relation dans un écosystème d’impact et d’accéder à de nouvelles solutions qui viennent changer les façons de faire sur le marché. Mais ces grandes entreprises ne peuvent pas simplement dire «j’aime et j’achète»; le projet d’impact proposé par une petite organisation doit s’inscrire dans leurs orientations et répondre à leurs besoins. C’est justement ce qui est pris en compte dans cette nouvelle monture du concours : les projets sélectionnés rentrent dans les stratégies de responsabilité sociétale des trois grandes compagnies [Loto-Québec, Cascades et Keurig Canada] composant le jury, et ont le potentiel de conjuguer l’optique commerciale avec l’impact positif.

Quelle expérience avez-vous déjà eu de ce type de collaboration?

Nous avons par exemple développé un partenariat avec Give-a-Seat, le premier gagnant du concours Mouvement en 2016, qui a conçu une plateforme facilitant les dons des entreprises aux organismes caritatifs par la vente à tarif réduit de billets d’événements non utilisés. Cette relation est gagnante sur plusieurs plans. D’abord pour Give-a-Seat que nous encourageons en amenant un volume de billets pour lui permettre d’optimiser ces ressources par la vente en ligne. De notre côté, cette démarche s’inscrit dans notre approche d’adhésion sociale : le public a la possibilité d’acquérir un billet à faible coût tout en nous permettant d’aider une cause caritative que nous choisissons.

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Théo Corboliou et Guillaume Campeau, cofondateurs de Give-a-Seat

Quelles sont vos attentes pour cette nouvelle édition du Concours ?

Une des grandes nouveautés est de décloisonner la notion de startup d’impact en allant notamment chercher les meilleurs des meilleurs dans plusieurs organismes incubateurs-accélérateurs. Cette nouvelle édition crée en quelque sorte un «one stop shop» de startups qui ont toutes un potentiel d’impact et de créer un mouvement avec des nouvelles approches. C’est justement cet écosystème d’impact qui intéresse des grandes entreprises comme Loto-Québec.

Le concours Mouvement amorce sa 4e édition : quel regard portez-vous sur les startups/projets qui ont été propulsés et qui ont beaucoup fait parler d’eux depuis ?

Il y a une trame commune derrière chacun des projets qui ont été retenus dans le cadre des différentes éditions du concours, c’est de réinventer. Näak est parmi les premières à avoir incorporé des grillons dans des barres énergétiques; elle a ouvert un nouveau marché. Loop se tourne vers une nouvelle source d’approvisionnement, les fruits et légumes invendus, pour produire ses jus à froid; elle a ouvert un nouveau marché. Tout comme MR-63 en convertissant des wagons inutilisés en espace public, ÉAU en contribuant à l’autonomie alimentaire des communautés grâce à l’aquaponie ou Bois public en transformant le bois infecté par l’agrile du frêne en mobilier urbain. Toutes ces entreprises ont démontré concrètement qu’elles peuvent générer un impact positif sur la société et l’environnement tout en étant rentables.

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Sélectionnée dans le cadre de Mouvement 2017, Näak est l’une des premières entreprises canadiennes à avoir développé des barres énergétiques à base de poudre de grillon.

L’innovation d’affaires et l’impact passeront-ils davantage par ces relations gagnant-gagnant ?

Oui, il ne s’agit pas ici de développer du mécénat mais bien de trouver des situations où l’on devient deux gagnants. Le partenariat se fait parfois de manière naturelle : certaines startups sont tellement connectées avec leur milieu qu’il est difficile pour une grande entreprise de faire aussi bien. En même temps, le processus de fonctionnement des grandes entreprises n’est pas toujours adapté aux petites organisations. Par exemple, ces dernières ne peuvent pas nécessairement répondre aux besoins des grandes entreprises qui cherchent des gains d’échelle à travers des regroupement d’achats. C’est un défi pour les grandes entreprises, mais ça ne doit pas les décourager à réfléchir sur la façon d’intégrer les petites entreprises en développant de nouvelles approches, via par exemple la segmentation de leur appel d’offres à des régions spécifiques.

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Échanges et réflexions stratégiques avec les entrepreneurs de la cohorte Mouvement 2018.

Quel conseil donneriez-vous à une grande entreprise qui veut collaborer avec une PME/startup, et inversement?

Les porteurs de projets n’utilisent pas forcément le même langage que les grandes entreprises. Celles-ci doivent donc prendre le temps de connaitre les gens derrière les startups: il faut les rencontrer à travers des événements par exemple, et comprendre leur dynamique. À défaut, les grandes entreprises ne verront pas les opportunités à saisir et les tendances qui évoluent dans le marché. Quant aux startups, plutôt que de solliciter d’emblée une aide financière, elles doivent avant tout, à travers le projet qu’elles proposent, chercher à répondre de manière pertinente et concrète aux besoins de la grande entreprise. L’argent suivra par la suite.


Initié par Novae et Loto-Québec, en collaboration avec Cascades et Keurig Canada, le concours Mouvement est ouvert aux candidatures jusqu’au 9 octobre.


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