Après la démission de Nicolas Hulot, on choisit quoi: l’espoir, même fragile, ou le découragement?


Par Mickaël Carlier, président de Novae.


Après la démission aussi fracassante que bouleversante du ministre français de la Transition écologie Nicolas Hulot, impuissant… Après la lecture de chroniques déconcertantes comme celle publiée ce matin par le pourtant intelligent et respectable Patrick Lagacé… Après tout ça, on fait quoi ? On abandonne? On dit “Eh puis zut”, en faisant la moue?

Je dis quoi à ma fille de 10 ans ? Il dit quoi, Patrick Lagacé, à son fils ? «Tans pis pour toi, débrouille-toi, t’es juste né(e) à une mauvaise époque. Tu comprends, c’est pas mal compliqué tout ça, alors finalement on s’est dit qu’on ferait rien» ?

Abandonner? Accepter? Vous êtes sérieux là?, pour reprendre l’incrédule interrogation de la journaliste Léa Salamé en entendant Hulot annoncer, la voix fragile, son départ du gouvernement.

On aura bien sûr saisi la force de cette démission, qui dépasse largement le seul contexte français: elle cristallise au contraire l’attentisme béat qui prévaut dans la plupart des sociétés occidentales accroc au capitalisme. Oui, le changement de paradigme, urgemment nécessaire, sera hautement difficile à obtenir. Oui, le découragement est le compagnon de l’ombre de tous ceux – j’en connais beaucoup – qui cherchent à transformer notre société. Faut-il pour autant cesser de viser ce changement radical alors que, tout le monde le voit bien, notre civilisation malade est aux abois?

Si je comprends le sentiment d’impuissance de l’emblématique ministre Hulot – et qui, à mon humble échelle, me happe régulièrement aussi – , je ne peux pas m’empêcher de croire qu’autre chose est possible. S’ils sont encore minoritaires, les porteurs de solutions existent, proposent, avancent. J’en côtoie tous les jours. Ils se démènent, avec conviction, pour lutter contre ce statu quo. Je pense à Julie et David, à Olivier, à Diane, à Marie-Soleil, à Pascal, à Solenne – et à des centaines d’autres, juste au Québec! – qui, à leur façon, non seulement bousculent le système actuel, mais surtout nous permettent de créer le nouveau système dont nous avons besoin. Un système qui n’oppose plus économie et environnement, un système dont le succès ne se mesure plus uniquement en cash mais aussi en bénéfices environnementaux et sociaux, un système sur lequel une société saine et fonctionnelle peut se bâtir et prospérer. Ce ne sont encore que de «petits pas» sans doute, peut-être même anecdotiques face à l’ampleur du problème. Peut-être bien oui.

Mais ils nous aident à dessiner la société à laquelle on est de plus en plus nombreux à aspirer. Ils nous aident à rêver. Et moi, rêver, c’est ce qui me fait me lever le matin. Abandonner cette lutte économico-écologique signifierait arrêter de rêver. Et alors à quoi je servirais ? Juste à alimenter une machine en laquelle je ne crois pas?

Le défi est colossal, peut-être même insurmontable. Mais avons-nous sincèrement mieux à faire que de tenter de le relever? «Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait», a dit Mark Twain. Moi je veux le faire – ou en tout cas essayer. Et vous?

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