Alors que nos voitures sont inutilisées 95% du temps, la mission de Turo est d’en optimiser l’usage, ce qui pourrait contribuer à réduire la fabrication de véhicules neufs.

Créée aux États-Unis en 2009, Turo est une plateforme de location de voitures entre particuliers dans le secteur du tourisme et du voyage. Elle permet à un propriétaire de louer sa voiture lorsqu’il ne l’utilise pas, et ce pour un minimum d’une journée. Présente depuis deux ans au Québec, en Ontario et en Alberta, la plateforme compte d’ores et déjà près de 400 000 utilisateurs inscrits au Canada. Avec près 1000 véhicules proposés sur la plateforme à Montréal, «Turo a triplé le nombre de voitures dans les 12 derniers mois pour devenir le plus grand service d’autopartage à Montréal en termes de taille du réseau, du nombre de membres et de voitures disponibles», indique Cédric Mathieu, directeur de Turo Canada.

Le concept part «du constat qu’il y a plus d’un milliard de voitures dans le monde; elles sont immobilisées 95% du temps pour n’être utilisées que 5% de leur durée de vie. L’idée est de changer ce paradigme et de faire en sorte de mieux utiliser ces voitures existantes.» Cette meilleure utilisation par le partage devrait contribuer à réduire à long terme le parc automobile en raison d’une diminution du besoin en nouveaux véhicules. Par ricochet, elle est susceptible de modifier les villes par une réduction des espaces urbains dédiés à la voiture, comme les places de stationnement.

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Conduire une Tesla quelques jours, à défaut d’en acheter une, fait partie des possibilités qu’offre le service Turo.

Au-delà des aspects environnementaux, c’est véritablement l’avantage économique du modèle qui attire les hôtes – les propriétaires des voitures – sur la plateforme. «Turo change complètement l’équation économique de la voiture en créant une valeur à la voiture, pour le propriétaire, quand il ne l’utilise pas.» La base du succès de cette économie d’échange est en effet de compenser les coûts liés à la possession d’une voiture, estimés entre 8000 et 9000$ par an, voire de générer un profit à son propriétaire. Un tel bénéfice économique a le potentiel d’accroitre le pouvoir d’achat des propriétaires de véhicule.

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Cédric Mathieu

À terme, «on se dirige vers un modèle hybride de propriété» grâce à l’économie de partage qui «sera au cœur de toutes les grandes tendances que l’on voit dans l’industrie automobile.» Voitures électriques, connectées ou autonomes, ces développements, comme le déverrouillage des véhicules via un téléphone intelligent, vont simplifier et faciliter le partage de véhicules. Autre avantage: l’autopartage a un impact positif sur la mobilité en ce qu’il s’inscrit dans le schéma multimodal des villes, tout en permettant de sortir de celles-ci pour «aller au chalet ou faire un voyage touristique de deux ou trois jours.»

«L’économie de partage a tout son sens dans ce contexte. Je suis persuadé qu’on trouvera absurde, d’ici 5 à 10 ans, de n’utiliser les voitures que 5% de leur durée de vie. Je suis très optimiste sur l’avenir de ce modèle d’économie.» La compagnie compte continuer à populariser et démocratiser son concept au Québec et à travers le Canada. Son objectif est aussi d’aller au-delà du secteur du voyage et du tourisme, et d’offrir une location de plus courte durée – quelques heures – similaire aux services d’autopartage traditionnel. Quant à l’international, «le besoin de rentabiliser le parc automobile est présent dans tous les pays», et offre de facto une vocation naturellement mondiale à la compagnie actuellement déjà présente dans plus de 4500 villes.


Cédric Mathieu, directeur de Turo Canada, sera conférencier lors du Forum Novae 2018, le 25 octobre prochain.


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Turo permet la location de voitures à la journée, entre particuliers.

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