Alors que Montréal vient de se doter d’un Conseil des politiques alimentaires, entrevue avec l’une de ses instigatrices, Ghalia Chahine.

Le Système Alimentaire Montréalais (SAM), réseau des acteurs dans l’alimentation, mobilise les parties prenantes pour développer un système alimentaire durable et équitable dans la communauté montréalaise. Il annonçait en novembre dernier la mise en place du Conseil des politiques alimentaires montréalais (CPA-Mtl), une première dans une ville francophone. Ghalia Chahine, coordonnatrice régionale du SAM, nous explique en quoi la création de ce conseil est pertinente.

Parlez-nous de la genèse du conseil des politiques alimentaires montréalais.
Les acteurs du domaine alimentaire se mobilisent depuis longtemps sur les enjeux de l’alimentation, comme l’agriculture urbaine, le gaspillage ou l’insécurité alimentaire. De cette mobilisation est né le SAM en 2011. Il regroupe plus de 250 partenaires de tous les secteurs du système alimentaire. En 2016, la ville de Montréal approuvait la création d’un CPA. Cette décision se fondait notamment sur le Pacte de politique alimentaire de Milan, signé par Montréal en 2015, qui recommande aux villes de mettre en place un système alimentaire durable et sain. Le CPA-Mtl remplacera le SAM et ses activités commenceront auGhalia printemps 2018 à l’échelle de l’agglomération de Montréal. Le conseil sera composé de 7 membres statutaires issus par exemple de la ville de Montréal ou du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. Neuf membres de la société civile, notamment des milieux universitaire, philanthropique, privé ou citoyen, compléteront la composition de ce conseil.

À quels besoins cela va-t-il répondre ?
À Montréal, la majorité de la population a une faible consommation de fruits et légumes, la moitié est en surpoids. Les données de la santé publique relèvent également qu’un citoyen sur dix fait face à de l’insécurité alimentaire, c’est-à-dire qu’il n’a pas un accès durable pour des raisons économiques, sociales ou physiques, à une nourriture suffisante et saine. Le SAM, tel qu’il était, fonctionnait bien. Il a permis la réalisation de 30 projets de 2014 à 2016, comme la création de marchés solidaires aux abords de stations de métro dans des quartiers défavorisés. Cependant, la gestion de l’agglomération de Montréal est complexe en raison de l’intervention de différentes instances décisionnelles comme la ville de Montréal et les arrondissements. Il est nécessaire d’avoir une vision commune et cohérente sur les initiatives et les décisions à travers une seule instance formelle et régionale pour éviter les dédoublements et briser les silos dans la région montréalaise. Le CPA permettra de répondre à ce besoin.

Quels sont les objectifs du CPA-Mtl ?
Le CPA-Mtl agira au niveau de l’agglomération de Montréal. À l’instar du SAM, il développera un espace de coopération, de concertation et de maillage. Il continuera aussi à agir comme ressource-conseil et à rassembler l’ensemble des expertises. Le CPA-Mtl poursuivra un rôle d’incubateur et de levier régional pour des initiatives structurantes au niveau de la région. Le but est de tester des idées et des projets pilotes pour provoquer des changements. Le projet Écoles Enracinées d’Équiterre par exemple a été testé en 2017, il sera reconduit cette année. Il permet aux écoles de lever des fonds à partir de paniers de fruits et légumes biologiques de producteurs locaux. Ce projet encourage la consommation des fruits et de légumes tout en développant un marché local économiquement intéressant. Enfin, la nouveauté consistera à développer des recommandations et des propositions de changements dans la politique municipale. Ces objectifs s’articulent jusqu’en 2019 autour de six stratégies d’action issues du Pacte de Milan, comme la sécurité alimentaire pour tous ou l’agriculture urbaine. Parmi les 17 projets prévus, Moisson Montréal mènera un diagnostic sur tout ce qui se fait dans la région en matière de sécurité alimentaire. Le Parcours du Gaspillage Alimentaire est quant à lui un projet itinérant entamé en 2017, qui sensibilise les citoyens sur la revalorisation des aliments.

equiterre_enracine2

Quelles sont les sources qui vous inspirent ?
Le CPA-Mtl est une hybridation de différents conseils existants à travers le monde. Le CPA de Toronto existe depuis près de 30 ans. Il a particulièrement alimenté notre réflexion, tout comme ceux d’autres villes : Ottawa, Vancouver, Los Angeles, Boston, Philadelphie et Baltimore. Outre les CPA, les démarches de politiques alimentaires de New-York ou Montpellier en France nous ont également inspirés.

Dans quelle mesure d’autres villes canadiennes devraient développer des équivalents au SAM et au conseil ?
Tout dépend du contexte et de la volonté des partenaires. Un équivalent du SAM ou un CPA doit venir en soutien aux besoins et aux enjeux locaux, il n’est pas forcément pertinent partout. Ainsi, quoique plusieurs villes ont en place d’excellentes mobilisations autour de l’agriculture et l’alimentation, comme le réseau en agriculture urbaine à Québec, on ne peut automatiquement supposer que toutes les communautés souhaitent ou ait nécessairement besoin d’une structure de type Conseil des politiques alimentaires. Par ailleurs, à l’échelle nationale, on est en train de réfléchir sur la pertinence d’un conseil fédéral de l’alimentation. C’est certainement une formule intéressante en ce qu’elle rassemble dans une seule structure les décideurs, les institutions, les spécialistes, les chercheurs.

Ghalia Chahine interviendra sur le panel « Alimentation: A la source de nos territoires » lors de la prochaine Conférence Novae à Québec, le 29 mars.

sur le même sujet

  • infolettre

    Envoyée tous les jeudis