À l’ère des fake news et des bouleversements des médias, un média canadien consacré au journalisme d’investigation veut assurer son indépendance et son développement par un modèle d’affaires innovant fondé sur l’engagement de ses lecteurs.

Discourse est né en 2014 à Vancouver de la volonté d’offrir un journalisme d’enquête engagé et indépendant. Ce média numérique bâtit sa ligne éditoriale sur des histoires inédites et des informations inexploitées, et considérées d’importance pour la société canadienne: relations avec les communautés autochtones, enjeux socio-politiques entourant les industries de l’énergie, droits des femmes et des minorités, éducation et place des jeunes, etc.

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Erin Millar

Basé à en Colombie-Britannique, son objectif est maintenant de se déployer au niveau national. Pour Erin Millar, rédactrice en chef et directrice générale, cette volonté de croissance exige de «réfléchir à un nouveau modèle d’affaires qui corresponde réellement à notre vision du journalisme [tout en] visant 1 million$ de revenus d’ici la fin 2017.» C’est pour elle une démarche rendue d’autant plus nécessaire par le déclin de la presse écrite. «Les journaux dépendent trop souvent de revenus publicitaires, de fonds d’investissement et autres propriétaires désintéressés par le journalisme de service public.» C’est pourquoi le modèle de la compagnie écarte tout revenu issu de la publicité ou de groupes privés. Les sources de revenus traditionnelles ne sont pas pour autant exclues puisque le modèle d’affaires intègre par exemple les investissements d’organismes qui s’engagent pour un journalisme indépendant sans en influencer le contenu. Discourse se distingue en revanche dans son choix d’un financement basé en partie sur les abonnements payants de ses lecteurs. Cette approche est utilisée avec succès par un nombre croissant de médias, comme le New-York Times aux États-Unis ou Médiapart en France. «Si nous voulons nous concentrer sur notre mission qui est de servir les communautés, nous avons besoin de la communauté pour nous financer; c’est pour moi le meilleur modèle d’affaires», indique Erin Millar.

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Discourse veut assurer sa viabilité en s’appuyant sur l’engagement de ses lecteurs.

Sur cette base, Discourse vient de lancer une campagne de financement participatif en capital auprès du public. L’objectif est d’amasser 500000 $ pour entamer son expansion au niveau national au printemps 2018. Les actionnaires doivent détenir un minimum de 250$ en actions. Outre un abonnement d’un an et une reconnaissance en tant que membres fondateurs, ils peuvent influencer la direction éditoriale, quel que soit le montant investi. «Il est important pour nous que les personnes pour qui nous écrivons, nous aident à définir ce sur quoi nous écrivons. Toute personne peut devenir actionnaire de Discourse, nous tenons à ce que cette ouverture soit le plus démocratique possible afin d’avoir une communauté diversifiée.» Cette campagne de financement est l’occasion pour l’équipe de Discourse de donner de la visibilité à son projet. « Nous constatons que notre modèle suscite un réel engouement auprès du public. » Dans le prolongement cette campagne de financement, Discourse lancera en mars une seconde campagne en vue d’obtenir 10000 abonnements payants au journal. Objectif: atteindre 30000 abonnements et couvrir les principales grandes villes du Canada d’ici à 2020.

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