La Ferme d’Insectes est la première ferme d’élevage d’insectes destinés à la consommation alimentaire au Québec.

Yannick et travis

Travis Ahearn et Yannick Grego

La Ferme d’Insectes, qui fait partie de la Co-Entreprise Paysanne (C.E.P.) d’Armandie, à Frelighsburg, produit des ténébrions meunier. Leurs larves, aussi appelées vers de farine, sont consommées, entières ou sous forme de farine, après un processus de déshydratation.  «Notre choix s’est porté sur cet insecte indigène plutôt que le grillon pour ses capacités à vivre dans un espace restreint et obscur, et à s’adapter aux variations de températures et d’humidité», précise Travis Ahearn, directeur de la production. La Ferme d’Insectes produit aujourd’hui jusqu’à 100 kg d’insectes frais par mois pour une capacité de 2,5 millions d’insectes par an depuis l’été 2017.

La Ferme d’Insectes est une solution pour contrer les impacts environnementaux liés à l’augmentation de la production alimentaire mondiale. «Rien qu’entre 2015 et 2016, la déforestation a augmenté de 26 % dans les régions du Brésil productrices de bœuf et de céréales», note Travis Ahearn. Face aux impacts négatifs de l’agriculture intensive, l’alimentation à base d’insectes attire un nombre croissant de consommateurs. Yannick Grego, biologiste à la Ferme, précise qu’il s’agit surtout «de personnes aimant la nouveauté, avec une conscience environnementale, ou curieuses du goût.» «La consommation d’insectes attire certains végétariens en raison du faible impact environnemental de la production comparée à certaines protéines végétales importées, comme les amandes, ajoute Travis Ahearn. Notre élevage de ténébrions répond donc à une demande grandissante du public d’avoir des produits locaux et biologiques.»

La valeur nutritive de cet insecte renforce encore son intérêt : 100 grammes de ténébrions en poudre apportent 55% de protéine. Une autre caractéristique de la Ferme est de fonctionner sur le principe de l’économie circulaire, c’est-à-dire qu’un «déchet» est utilisé comme matière première. Ainsi, les insectes sont nourris avec les résidus de légumes biologiques issus de la production maraîchère de l’entrepise Le Rizen, active sur la C.E.P. La litière sur laquelle repose les ténébrions est composée de céréales ou de résidus de farine provenant de meuleries du Québec ; après utilisation, elle sert, tout comme les insectes adultes morts, de nourriture aux poules. Enfin, les déjections des ténébrions, riches en azote, servent à fertiliser les champs du site.

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La Ferme vend ses produits directement auprès du public sur les marchés locaux de la région. Elle compte aussi parmi ses clients des entreprises alimentaires québécoises telles que la Mexicoise (sauces et condiments mexicains) et Tottem Nutrition (pâtes alimentaires). Elle s’apprête à consolider son activité en quadruplant sa capacité d’élevage dans l’objectif de produire environ 400 kg d’insectes par mois dès mars 2018. Elle mène pour cela actuellement une campagne de sociofinancement, qui vise aussi à développer une boutique en ligne qui permettra la vente à travers toute la province, voire à l’extérieur du Québec. En parallèle, la Ferme cherche à bâtir des partenariats avec des entreprises de transformation (traiteurs, boulangeries, pâtisseries, etc.) qu’elle juge les plus aptes à accroître la demande en insectes via leurs produits. «Notre démarche de croissance vise aussi les petites épiceries en vrac, nature et santé qui correspondent à notre vision du zéro déchet», ajoute Yannick Grego.

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Les pâtes alimentaires à base de farine d’insectes, de Tottem Nutrition (photo: Francis Di Salvio)

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