Alors que la notion d’impact social en affaires est sur toutes les lèvres, comment s’assurer que les démarches adoptées atteignent réellement les objectifs visés?

Pour s’assurer du bon déroulement d’un projet, il est impératif d’en mesurer les résultats. Or, si la notion d’impact social séduit de plus en plus d’entrepreneurs et de grandes organisations, la question de l’efficacité – et donc de la mesure – des projets reste parfois vague. Jean-Michel Couture, associé et conseiller en responsabilité d’entreprise chez Agéco, nous éclaire sur la portée et le fonctionnement d’une telle mesure d’impact, notamment au travers du SROI (Social Return On Investment).

Pourquoi est-il utile de mesurer l’impact social d’une compagnie ou d’un organisme ?
Une évaluation de l’impact social permet de comprendre une activité d’une organisation et d’en mesurer ses effets au niveau social. Elle permet aussi de sensibiliser les parties prenantes sur certaines réalités, de nourrir la réflexion et d’orienter les décisions.

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Jean-Michel Couture, associé chez Agéco

Comment mesure-t-on la valeur sociale ?
La majorité des méthodologies sur la performance sociale, comme le volet social de la GRI (Global Report Initiative) s’intéresse à ce qui se passe en amont de la chaine causale : on part du principe que si une entreprise adopte de bonnes pratiques, celles-ci auront une incidence positive pour les individus. Or ces méthodes ne permettent pas de mesurer l’effet, par exemple, de bonnes conditions de travail sur le bien-être de l’individu. L’intérêt d’une évaluation de la valeur sociale est au contraire de concentrer l’analyse en aval de la chaine causale pour en mesurer l’impact social.
Plusieurs méthodologies existent, le SROI est l’une d’entre elles. L’évaluation demeure toutefois compliquée en l’absence de définitions claires. Il n’y a pas de consensus ferme par exemple sur la notion de bien-être. Ce phénomène est accentué par le manque de bases de données.

En quoi la méthodologie du SROI est-elle intéressante ?
Elle s’adapte à tous les types d’organisations ; elle s’applique en outre très bien à petite échelle, notamment dans le domaine de l’économie sociale. Le SROI est une démarche normée qui offre une cohérence dans l’évaluation. Il a l’avantage de proposer sept principes fondamentaux :

1. Mobiliser les parties prenantes : celles-ci ressentent les impacts et comprennent en quoi les activités d’une organisation les interpellent. Prenons l’exemple d’un organisme qui livre des repas à des personnes handicapées. Les parties prenantes sont les personnes qui apportent les repas, celles qui en bénéficient, ainsi que le propriétaire de l’établissement où vivent les personnes bénéficiaires.

2. Comprendre ce qui change : mesurer le changement sur les parties prenantes avant et après la mise en place d’une activité.

3. Accorder une valeur à ce qui compte : reconnaître une valeur aux changements qui surviennent à la suite d’une activité à l’aide de données financières. Ceci permet de donner une valeur monétaire aux services qui n’ont pas nécessairement de valeur marchande. Il faut pour cela évaluer les coûts et les retombées liés à une activité pour obtenir un ratio coût total/bénéfices mesurés. Dans notre exemple, on cherche d’une part tous les coûts tangibles (prix de la nourriture, etc.) et non-tangibles (le temps offert par les bénévoles, déplacements des bénéficiaires, etc.) associés à l’activité. On identifie et mesure d’autre part les retombées de l’activité en établissant des indicateurs. Ceux-ci peuvent par exemple porter sur la diminution de l’isolement social des bénéficiaires des repas ou le sentiment de valorisation des bénévoles. On accorde ensuite une valeur monétaire à ces résultats. Une façon de procéder est de faire par exemple le lien entre dépression et isolement social. La valeur monétaire peut alors être définie par rapport aux coûts médicaux évités liés à une réduction des symptômes de la dépression qu’a généré la diminution de l’isolement social. L’impact sera alors calculé en multipliant la retombée mesurée par la donnée financière retenue. Ce résultat sera lui-même ajusté pour tenir compte de différents facteurs de correction (ex : part de l’impact attribuable à une autre activité tiers) afin d’obtenir un résultat plus réaliste. Enfin, pour obtenir un ratio, on compare la valeur monétaire des retombées générées avec le coût de l’activité. Par exemple, $1 investit dans le programme pourrait ainsi se traduire par $5 en retombées sociales.

4. N’inclure que ce qui est matériel : on considère exclusivement les changements significatifs. Dans notre exemple, le rôle du propriétaire de l’établissement est négligeable dans la distribution de repas, on exclut donc cette partie prenante de l’analyse.

5. Ne pas surévaluer : l’évaluation doit être réaliste et pragmatique.

6. Transparence : l’évaluation implique un jugement d’expert, il est donc nécessaire que la personne qui reçoit les résultats puisse comprendre pourquoi un choix a été fait.

7. La vérification des résultats en fin d’exercice : elle doit se faire par un pair accrédité.

Quels conseils donneriez-vous aux organisations qui veulent mesurer leur impact social ?
Il est primordial de bien cadrer le besoin : pourquoi veut-on l’information et à quoi servira-t-elle. Il faut garder en tête que l’impact social reste mal défini comparé à l’impact environnemental. En ce sens, bien cadrer un besoin permettra une meilleure compréhension des résultats. Enfin, dans le cadre du SROI, la tentation est forte de s’en tenir au ratio financier, plus facile à communiquer. Or, il est important de comprendre la nature et l’importance de l’impact pour ne pas perdre la richesse des informations apportées dans l’évaluation. En ce sens, il faut pouvoir comprendre l’histoire qui est derrière le ratio financier : quelle est l’activité en question, quels sont les investissements, en quoi l’activité a changé les gens.

*Photo de Une : Scott Webb

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