La Caisse de dépôt et placement du Québec dévoilait il y a quelques jours sa stratégie d’investissement pour faire face aux défis climatiques. Une avancée saluée par les groupes environnementalistes.

La Caisse de dépôt a annoncé son engagement dans une nouvelle stratégie d’investissement vers une économie sobre en carbone, dévoilée le 18 octobre. Elle y annonce que, dorénavant, chacune de ses décisions d’investissement devra prendre en compte le facteur climatique, en plus des facteurs risque et rendement, quel que soit le projet, quel qu’en soit son secteur.

Pour ce faire, la Caisse s’est fixée deux cibles. À court terme, elle compte augmenter de 50% ses investissements dans des actifs sobres en carbone entre 2017 et 2020. Concrètement, ce sera un investissement de 8 milliards de $ dans l’énergie propre et renouvelable, l’efficacité énergétique, les transports et les infrastructures propres comme les transports en commun. À moyen terme, la Caisse réduira d’ici 2025 l’intensité carbone de son portefeuille global de 25 % par dollar investi. Cet objectif se traduira à la fois par une réduction de ses actifs riches en carbone et par l’ajout d’actifs sobres en carbone. La Caisse prendra en compte les émissions de gaz à effet de serre (GES) directes et indirectes des entreprises. Les émissions indirectes dites de type 3, qui ne sont ni détenues, ni contrôlées par les entreprises, comme les déplacements domicile-travail, sont par contre exclues.

Les groupes environnementaux accueillent cette nouvelle stratégie comme un premier pas positif. «Lorsqu’un fonds d’investissement de l’importance de la Caisse de dépôt fait une [telle] annonce, cela envoie un signal aux investisseurs de l’ensemble de la planète quant à l’importance de la lutte aux changements climatiques et l’influence stratégique que représentent les technologies propres et les énergies renouvelables pour l’avenir», relève Steven Guilbeault, directeur principal d’Équiterre.

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Brend Plant

Pour autant, cette stratégie n’exclut pas les investissements sur des projets ou entreprises liés à des activités polluantes, comme les sables bitumineux. Dans ce contexte, les groupes environnementaux invitent la Caisse à aller plus loin en éliminant les hydrocarbures de ses actifs actuels et futurs. En outre, pour Brenda Plant, spécialiste de l’investissement responsable chez Ellio, de telles exclusions sont insuffisantes. «La Caisse néglige la pleine responsabilité des compagnies en écartant les émissions de type 3. Or, c’est justement là que les compagnies sont les plus à même d’adopter des mesures sobres en carbone.»

Surtout, «la stratégie de la Caisse se contente de diminuer les effets des changements climatiques au lieu de les inverser, estime-t-elle. La Caisse ignore les solutions reconnues financièrement viables, comme celles proposées par le Projet Drawdown.» Ce projet regroupe des experts qui ont analysé, chiffré et priorisé les solutions les plus efficaces pour réduire les émissions de GES. Parmi les avenues à prioriser figurent notamment la production d’énergie éolienne, qui permettrait de réduire les émissions de GES de 84 milliards de tonnes équivalentes CO2 d’ici à 2050, la lutte au gaspillage alimentaire (70 milliards de tonnes équivalentes CO2) ou encore un système alimentaire favorisant la réduction de la consommation de viande (66 milliards de tonnes équivalentes CO2). C’est dans ce sens que Brenda Plant aimerait « voir la Caisse assumer pleinement le rôle de leadership qu’elle mérite. C’est possible! »

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