De l’hydroélectricité au marché du carbone, regard sur la façon dont le marché de l’énergie est en train d’évoluer au Québec et au Canada.

En préambule du Forum Novae, qui se tiendra en octobre à Montréal, nous allons à la rencontre d’experts dans les domaines de l’alimentation, de l’énergie, de la finance et de l’architecture afin d’en décoder certaines tendances. Nous nous penchons aujourd’hui sur le marché de l’énergie avec Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal.

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Pierre-Olivier Pineau

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’état du marché de l’énergie au Québec?

C’est un marché qui se porte très bien si on prend en considération l’explosion des coûts que connaissent nos voisins ontariens. Les Québécois se plaignent souvent que le prix de l’électricité est trop élevé ici, mais le monde entier ou presque envie nos tarifs! La réalité est que l’électricité est plus chère dans la plupart des autres pays. Nous avons une position enviable ici, notamment en raison de la présence d’une société d’État comme Hydro-Québec, la quasi-absence d’énergie nucléaire, en plus d’avoir un fort potentiel en énergies renouvelables. Aujourd’hui les exportations d’hydroélectricité sont très lucratives et constituent une voie d’avenir pour le Québec. Nos exportations d’hydroélectricité nous permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) tout en créant de la richesse.

Néanmoins le tableau n’est pas si rose qu’il paraît : nous sommes extrêmement inefficaces dans notre consommation, le Canada étant le plus gros consommateur d’énergie des pays de l’OCDE. Ajouté à cela, la réglementation entourant la transition énergétique est lente à changer. On ne fera pas de transition énergétique sans changer nos habitudes de consommation et il est important que citoyens et politiciens le réalisent si nous voulons vraiment avancer.

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Quel rôle doivent jouer les entreprises québécoises sur ce marché ?

Leur rôle est d’être à l’avant-garde et d’innover en permanence. J’aime prendre l’exemple d’Idénergie parce que c’est une entreprise qui répond, grâce à des procédés innovants, à la demande croissante en énergie verte dans les zones où l’accès à l’électricité est difficile. En plus d’être le seul producteur d’hydrolienne en Amérique du Nord, l’entreprise a lancé récemment un convertisseur destiné à gérer l’énergie résidentielle : une première mondiale ! Ce système permet au consommateur de faire à la fois de faire des économies sur sa facture d’électricité, mais aussi de ne pas gaspiller en optimisant la gestion de sa production.

Aujourd’hui, la technologie se développe beaucoup plus vite que la réglementation, ce qui peut créer un écart difficile à combler entre ces deux mondes. Or j’ai le sentiment que les entreprises ont un rôle d’influenceur dans l’évolution de la législation. C’est en innovant de cette manière que le gouvernement peut être plus audacieux dans sa prise de décision.

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L’entreprise québécoise Idénergie a lancé récemment un convertisseur destiné à gérer l’énergie résidentielle

Quelles sont les évolutions à prévoir sur le marché énergétique au Québec ?

Le plan d’action 2017-2020 de la politique énergétique 2030 vise une réduction de 40% de la consommation de pétrole au Québec d’ici à 2030, mais personnellement je n’y crois pas: le gouvernement québécois n’a pas pris les mesures nécessaires pour atteindre cet objectif ambitieux. Si on reste réaliste, on ne pourra viser qu’une réduction de 5% entre 2018 et 2023. Résultat : on n’atteindra jamais les fameux 40% en 2030.

Dans un registre plus réjouissant, le marché du carbone Québec-Californie est en train de reprendre du poil de la bête. Après une année 2016 pas vraiment convaincante, la demande pour les droits d’émission de GES n’a jamais était aussi forte. Le marché du carbone nous oblige à diminuer nos GES et ça c’est une bonne nouvelle pour le Québec. Autre bonne nouvelle, l’Ontario se joindra au marché Québec-Californie en 2018, ce qui est très bon signe pour un jeune marché qui a été créé seulement en 2013.

Ajouté à cela, l’hydroélectricité du Québec, seule ou combinée à l’énergie éolienne, devrait continuer à très bien s’exporter en Ontario et dans le Nord-Est des Etats-Unis. Le Québec a la chance d’être entouré de voisins pour qui la lutte contre les changements climatiques est également importante, il faut donc en profiter !

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Y a-t-il un modèle à suivre à l’étranger?

Le Danemark est un cas d’école. Le pays vit une véritable transition énergétique depuis un grand nombre d’années déjà. On peut dire que le Danemark est aujourd’hui le pays le plus avancé en Europe – et peut-être même dans le monde – dans la voie d’une transition intégrale de son système énergétique national vers l’autonomie renouvelable totale, objectif qu’il s’est fixé démocratiquement pour l’horizon 2050. Le Danemark est l’un des premiers pays au monde en termes de consommation d’énergie renouvelable et de production d’énergie éolienne par habitant, de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, d’efficacité énergétique, de recyclage des déchets ainsi que de réseaux intelligents. Le pays devrait atteindre ses objectifs officiels : 50 % d’électricité éolienne, 40 % de réduction des émissions de CO2 en 2020, élimination totale des énergies fossiles dans la production de chaleur et d’électricité en 2035 et 100 % d’énergie renouvelable en 2050. On peut dire clairement que le Danemark constitue un modèle à suivre!

Pierre-Olivier Pineau sera panéliste lors du Forum Novae, le 25 octobre prochain.

**Photo de Une : Luca Bravo

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