Jarrod Goldin est à la tête d’Entomo Farms, entreprise ontarienne devenue en peu de temps le chef de file nord-américain de l’élevage d’insectes comestibles.

En perspective de la conférence qu’il donnera à Montréal le 25 octobre prochain dans le cadre du Forum Novae, l’entrepreneur Jarrod Goldin nous explique comment ce marché connait une révolution sans précédent.

Créée il y a à peine trois ans à Norwood, à mi-chemin entre Ottawa et Toronto, Entomo Farms connaît aujourd’hui un succès exponentiel. L’entreprise est devenue la plus grande ferme d’élevage d’insectes comestibles sur le continent nord-américain et exporte ses produits aux quatre coins du monde. Depuis sa création, l’entreprise a multiplié par 12 l’espace de sa ferme, passant de 5000 à 60 000 pi2 ; une ferme qui peut accueillir jusqu’à 900 millions d’insectes par année. En plus d’être vendus au Canada (où la majorité des entreprises développant des produits à base d’insectes comestibles s’approvisionnent aujourd’hui auprès d’Entomo Farms), les grillons de Entomo Farms sont exportés aux États-Unis, au Mexique, en Europe, en Afrique du Sud, en Nouvelle-Zélande et en Australie. Son produit phare : la poudre de criquets.

Les insectes comestibles sont de plus en plus vus comme la nourriture de l’avenir en raison de leur apport nutritif mais aussi de leur faible empreinte environnementale. Par exemple, de la farine de criquet contient 65% de protéines contre 23% pour le poulet et 12% pour les œufs. Et l’élevage de criquets produit 100 fois moins de GES que celui de vaches. Soulignons également que 2 000 espèces d’insectes comestibles ont déjà été recensées.

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Jarrod Goldin

Entomo Farms, c’est avant tout une histoire de famille, celle des trois frères Goldin : Darren, Ryan et Jarrod. « Nous avons toujours été proches de la nature depuis notre enfance. Nous avons grandi en Afrique du Sud, nous y avons développé une véritable passion pour les zones rurales. On doit tout à notre père dont le respect pour la Terre était exemplaire », raconte Jarrod. Il explique que c’est grâce à leur cercle familial qu’ils sont autant sensibilisés aux conséquences que peuvent avoir les crises environnementales sur notre écosystème, qu’elles soient liées au manque de nourriture, d’eau ou d’autres ressources naturelles. Des problématiques dont l’une des solutions peut passer par les insectes comestibles. « Nous avons commencé notre aventure dans le monde de la poudre de criquets avec notre première entreprise, Reptile Feeders, qui fabriquait de la nourriture pour animaux. L’aspect nutritif nous a poussé à développer des produits pour les humains. Même si dans les pays occidentaux les gens ne sont pas encore tout à fait prêts, dans le reste du monde, plus de 2 milliards de personnes mangent des protéines d’insectes tous les jours, surtout en Amérique du Sud et en Asie. »

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La majorité des startups québécoises qui utilisent de la poudre de criquets dans leurs produits (comme ici Näak) s’approvisionnent chez Entomo Farms.

Selon le chef d’entreprise, l’intérêt pour les insectes comestibles connaît un important gain de popularité en Occident. D’après lui, c’est en partie grâce à l’étude de la Food and Alimentation Organisation (FAO) qui expliquait en 2014 que les insectes comestibles pourraient assurer la souveraineté alimentaire des neuf milliards d’humains que comptera la Terre en 2050. Une étude qui semble avoir eu un grand écho au Québec puisque la province a vu naître plusieurs startups utilisant des insectes comestibles comme Näak, Wilder & Harrier ou encore uKa Protéine. Ces jeunes pousses s’approvisionnent toutes chez d’Entomo Farms. « C’est au Québec que se trouvent nos plus gros clients, il y a un véritable engouement pour les insectes comestibles chez vous ! »

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L’usine d’Entomo Farms peut accueillir jusqu’à 900 millions d’insectes par année.

Le marché des insectes comestibles serait donc promis à un avenir radieux. Selon une étude de Global Market, ce marché passera de 33 millions de dollars en 2016 à 520 millions en 2023. Le parcours d’Exo (un autre client d’Entomo Farm), une startup américaine qui a levé l’an dernier 4 millions de dollars pour ses barres protéinées, illustre parfaitement ces prévisions. « Pour le moment, les produits à base d’insectes les plus populaires sont les barres protéinées et les croustilles. D’ici les prochaines années, la protéine d’insecte pourrait s’étendre aux produits alimentaires courants et à l’alimentation des animaux domestiques et du bétail. Un marché qui pourrait représenter plusieurs centaines de milliards de dollars. Je suis persuadé que les insectes comestibles font partie du futur de notre alimentation », conclut Jarrod Goldin.

Jarrod Goldin sera conférencier lors du Forum Novae le 25 octobre prochain.

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