Pour Philippe Laperrière, directeur général de la Baie de Beauport, les villes doivent miser sur la réappropriation des espaces publics par les citoyens, notamment des sites naturels.

Rappelons que la Baie de Beauport est située à 5 minutes du centre-ville de Québec, il s’agit littéralement d’une plage en ville construite sur un site artificiel. Son aménagement, amorcé en 2008, permet aujourd’hui de pratiquer une gamme d’activités diversifiée, allant de l’observation ornithologique aux concerts rock en passant par la baignade ou encore la voile. Depuis son ouverture officielle l’année dernière il est donc possible de s’y baigner après 50 ans d’interdiction, levée grâce entre autres à un modèle prévisionnel de qualité de l’eau développé avec l’Université Laval qui en garantit les bonnes conditions pour les baigneurs.

C’est Gestev, une firme spécialisée dans l’organisation et la création de concepts événementiels et de spectacles, qui, après la gestion de l’aménagement, s’occupe de la gestion quotidienne du site, en collaboration avec le Port et la ville de Québec. À l’occasion de la prochaine conférence Novae à Québec, au cours de laquelle il interviendra sur le panel « Repenser la ville », Philippe Laperrière nous partage sa vision de la ville du futur.

« Lorsque j’ai accepté le mandat de directeur général de la Baie de Beauport, j’avais la volonté d’en faire un lieu incontournable de la ville de Québec, une place qui soit en avance sur son temps et qui défie les contraintes auxquelles une ville peut faire face. Je voulais en faire un oasis au sein d’un univers industriel. L’objectif principal était clair : permettre aux citoyens de se réapproprier la Baie. Tout le monde la connaissait mais personne ne pouvait réellement en profiter.» Se réapproprier les espaces publics est une chose, mais favoriser le développement d’un sentiment d’appartenance envers la Baie de Beauport et le Fleuve Saint-Laurent en est une autre. « Notre objectif était également de faire vivre une véritable expérience au visiteur. Je souhaitais qu’entre le moment où il arrive sur le site et celui où il en sort, sa perception soit changée. Il y a vraiment une différence entre voir la baie et vivre la baie. La multitude des activités proposées permet aux citoyens de réellement s’approprier ce lieu et de sentir qu’ils font partie d’une communauté. »

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Après 50 ans d’interdiction de baignade, la Baie de Beauport a ouvert au public en juin 2016 avec une offre récréo-touristique orientée vers l’accès au fleuve.

Selon Philippe Laperrière, la ville du futur, c’est aussi celle qui a un impact environnemental fort. C’est pourquoi la gestion de la Baie de Beauport est menée dans le cadre du programme de certification « Geste vert » développé par Gestev et qui constitue un prolongement de la politique de développement durable de la société. La qualité de l’eau est aussi au coeur des préoccupations. Gestev travaille conjointement avec l’Université Laval qui a développé le modèle prévisionnel, permettant de déterminer la qualité de l’eau en prenant en compte les précipitations, les marées ou encore les débordements d’égouts pluviaux. « Ça fait 50 ans qu’on dit que l’eau du Saint-Laurent n’est pas propice à la baignade. Nous avons réussi à prouver le contraire et c’est la chose la plus importante à mes yeux. Pour cette première année d’opération, 50% des journées ont été baignables. C’est un grand pas en avant, et ça sera davantage cette année.  »

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Philippe Laperrière

En termes d’impacts socio-économiques, il insiste sur les bienfaits que peut avoir la réappropriation de ce type de lieu à l’échelle de la municipalité. « Nos activités permettent de faire vivre une multitude de petites entreprises, comme des studios de yoga ou des restaurants mobiles. Notre modèle d’affaires est axé sur l’essor de la communauté, nous comptons plus de 35 partenariats avec différentes organisations, que ce soit les camps de jour Odyssée, le Musée national des beaux-arts ou encore la Financière Sun Life.  »

Ce qui, selon lui, séduit à la fois les habitants et les touristes, c’est que « nous offrons une expérience intégrée, il n’y a pas de pollution visuelle liée à de la publicité trop agressive, nous souhaitons créer un véritable milieu de vie. » Philippe Laperrière estime que le succès rencontré au cours de l’année 2016, avec plus de 100 000 visiteurs, peut constituer une source d’inspiration pour plusieurs autres municipalités. « C’est un modèle pour les autres municipalités qui ont des problématiques similaires, notamment dans la région de Montréal où certains secteurs font face à des enjeux liés à l’accès à l’eau ou à la préservation et la valorisation du patrimoine aquatique. »

Philippe Laperrière participera à la table ronde « Repenser la ville » lors de la Conférence de Novae à Québec, le 29 mars prochain, consacrée aux nouvelles stratégies liant innovation et impact social. Parmi les autres intervenants de l’événement figurent Nathalie Tremblay, présidente de Marmott Énergies, David Côté, fondateur de Loop, et Bernard d’Arche, cofondateur de l’incubateur Quartier Artisan.

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