Lundi s’est tenue à Vancouver une opération-éclair de ramassage de gobelets jetables, pour et avec les «binners» de la ville.

C’est l’organisme Binners’ Project, dédié à l’amélioration des conditions économiques des récupérateurs de déchets urbains, qui tenait pour la troisième année cette « Coffee Cup Revolution » : pendant une demi-journée, 250 binners se mobilisaient pour récupérer, dans le centre-ville de Vancouver, les tasses en café en carton en échange desquelles ils obtenaient un remboursement de 5 sous par tasse.  Rencontre avec Anna Godefroy, co-fondatrice et directrice de l’organisation.

En quoi consiste concrètement le Binners’ Project?

Le Binners’ Project est une initiative grassroots, c’est-à-dire qu’elle vient du peuple. Nous travaillons avec les récupérateurs de déchets, que l’on nomme les « binners » sur la côte ouest du Canada, ou « valoristes » au Québec. Il s’agit de gens qui vivent dans la pauvreté en milieu urbain, et qui survivent en fouillant dans les poubelles. Notre objectif est d’améliorer leurs conditions de vie, et d’éduquer le public sur leur existence et l’utilité de leur travail.
L’idée de créer un groupe qui soutient les binners est venue d’un binner lui-même: Ken Lyotier. Ensemble, nous avons développé ce projet pour le rendre à la fois social et économique. En 2015, nous sommes devenus un projet soutenu par Tides Canada, ce qui nous a permis de nous développer. Aujourd’hui, nous sommes soutenus par la Fondation J.W. McConnell via Cities for people, la ville de Vancouver et la Vancouver Foundation. Nous travaillons également de manière très proche avec la Coop Les Valoristes, à Montréal, qui a une mission similaire à la nôtre.

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L’objectif du Binners’ Project est d’améliorer la conditions de vie des récupérateurs de déchets et d’éduquer le public sur leur existence et l’utilité de leur travail

Comment fonctionne votre organisation, et quels services proposez-vous?
Nous avons un « Core Group », un groupe de binners qui se rencontrent une fois par semaine et contribuent aux décisions importantes. Nous conduisons des actions pilotes, comme le Binners Hook, le Pick-up Services et le Events Program, qui mettent en contact les binners avec les entreprises locales, les organisateurs d’événements et les résidents, afin à la fois de faciliter les interactions entre ces différentes populations et leur fournir un véritable service de récupération des matières recyclables. En Colombie-Britannique et en Alberta, on parle principalement de contenants de verre et d’aluminum. La récupération est un important moyen de survie pour les personnes les plus démunies, et leur travail contribue à réduire la quantité de déchets municipaux.

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En quoi consiste le Coffee Cup Revolution, qui a eu lieu en début de semaine?
C’est un événement que nous organisons depuis trois ans à Vancouver. Nous invitons les binners de la ville à rapporter des gobelets de café jetables en échange de 5 sous – comme s’ils étaient consignés. Cette année, nous avons récupéré 48 000 gobelets en carton en 4 heures! Avec 31 000 gobelets en 2015, et 45 000 en 2014, c’est notre plus grosse collecte. Les gens utilisent leur gobelet en moyenne 10 minutes avant de le jeter… L’impact sur l’environnement est massif.
Le but de cet événement est de démontrer que le système de consigne en place en Colombie-Britannique, et dans d’autres provinces, fonctionne, et qu’il devrait intégrer davantage de contenants. Un système de consigne étendu garantirait non seulement moins de déchets puisque les gobelets seraient recyclés, mais il pourrait fournir un moyen de subsistance à la classe sociale la plus pauvre.

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Cette année pour la troisième édition de la Coffee Cup, 48 000 gobelets en carton ont été récupérés en 4 heures.

Quels sont les accomplissements dont vous êtes la plus fière?
Bien sûr, l’aspect humain de mon travail est le plus gratifiant. Rencontrer des gens marginalisés depuis des années, souvent plus de 20 ans, et leur offrir une place au sein du projet est très encourageant. Nous offrons régulièrement des opportunités de « jobines ». Ces tâches sont accessibles aux binners, qui vivent souvent avec des problèmes de santé mentale, d’addictions, et/ou sont sans domicile fixe, ce qui les empêche de travailler 9h à 17h. Grâce au Binners’ Project, ils gagnent un petit peu d’argent, ce qui fait souvent la différence entre manger un repas chaud ou rester dans la faim.

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Quelles sont les prochaines étapes du développement du Binners’ Project? Une expansion dans le reste du pays est-elle envisageable?

Oui bien sûr. Même si notre organisation est jeune, nos actions ont prouvé qu’elles sont utiles et nécessaires pour les gens qui vivent dans la rue. Nous souhaitons nous rapprocher des organisations situées dans d’autres villes, dont Calgary Can à Calgary et Les Valoristes à Montréal. Nous sommes également en conversation avec le Regroupement des Eco-quartiers de Montréal afin d’envisager l’implantation de certaines de nos initiatives afin de soutenir les binners locaux.

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