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Le XXIe siècle a 15 ans; certains de nos contemporains semblent s’étonner pourtant encore de son avènement. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises ! Nous vivons une véritable bascule de société. Ce que l’on nomme la « nouvelle économie capitaliste », c’est aussi une formidable libération d’énergie et de talents dans le but de retrouver le chemin d’une création de valeur économique forte en Amérique du Nord. Sans autre boussole que celle du profit, ce chemin pourrait toutefois nous conduire à de nouvelles formes d’entreprises, ainsi que d’organisation et de stratification sociales, qui s’avéreront tout aussi dommageables à terme que les anciennes. Ceci, nous le savons bien. En 2012, Max Marmer, dans un article publié dans Harvard Business Review, posait explicitement la question et prenait acte de l’urgence d’une nouvelle imagination morale. Le travail réalisé depuis quelques années par Michael E. Porter autour du concept de valeur partagée s’inscrit dans un même fil.

L’approche par la valeur économique partagée (Shared Values) tente de répondre aux défis de notre monde en conciliant exigences de rentabilité et contributions concrètes, de façon lucrative … et responsable. Cette approche a notamment pour vocation de répondre au caractère souvent limité ou opportuniste de l’adoption par nombre d’entreprises d’une perspective de RSE (Responsabilité sociale de l’entreprise). Il s’agit ici d’intégrer au sein même de la définition des stratégies de l’organisation, en amont, ces préoccupations de responsabilité aux dimensions multiples. Un tel engagement implique l’organisation qui ne peut plus être vue comme une entité isolée, mais bien comme un acteur en lien d’interdépendance avec une multitude de partenaires dans le cadre de ce qu’il est convenu de nommer une «grappe d’activité».

Ce que proposaient alors Marmer ou Porter peut sembler assurément constituer une gageure, voire un pari impossible, un mariage contre nature, celui de la carpe et du lapin !  Pour Marmer, il s’agit ainsi de faire converger l’entrepreneuriat à haute valeur économique ajoutée, souvent fortement coloré par les technologies nouvelles, avec le domaine de l’entrepreneuriat social. Il y a là une proposition radicale qui dessine un nouveau champ d’action avec pour points cardinaux : (1) une forte création de valeur économique, (2) un apport social positif et continu, (3) une contribution culturelle significative, et (4) un impact environnemental maîtrisé.

 

Serre des Fermes Lufa, à Montréal.

 

Encore une fois, il est possible de voir là tant un carré magique qu’une illusion trompeuse. À Montréal, quelques jeunes pousses semblent toutefois s’illustrer sur cette voie improbable. Proches de chez nous, je pense à Potloc, OatBox et autres Fermes Lufa. Ces organisations présentent en effet pour point commun de miser sur une activité commerciale lucrative et pérenne, tout en répondant de façon originale et pertinente à des enjeux sociaux, de santé et environnementaux majeurs. Chacune des préoccupations correspondant aux quatre points cardinaux définis par Marmer n’y sont pas également développées ou travaillées, mais l’engagement sur cette voie y est bel et bien clair.

Ces quelques lignes n’ont pour objectif que de poser la question de l’existence d’une voie possible de croissance par la conciliation de ce que nous considérons pourtant a priori comme des contraires. Elles ne pourront bien sûr clore le débat. Une chose doit être reconnue cependant. Dans un monde devenu transparent, pour les organisations à but lucratif, la question du sens, hors de la simple logique économique, ne peut plus être éludée. Du côté des organisations de nature sociale, c’est aujourd’hui la question de l’efficacité et de la pérennité de l’action qui se pose avec toujours plus d’acuité. Il y a là une possible convergence d’intérêts qui peut déboucher sur des formes nouvelles et fertiles d’organisations.

Alors, l’entrepreneuriat transformationnel, nouvel horizon ou mirage ?

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