Thibaut Martelain, cofondateur de Second Life, nous parle de cette nouvelle plateforme de commerce en ligne destinée à vendre des produits québécois « difformes » et ainsi réduire le gaspillage alimentaire.

Qu’est-ce qui vous a incité à vous intéresser aux fruits et légumes moches?
Nous souhaitions mettre sur pied un projet qui viserait à réduire le gaspillage alimentaire. À l’origine, nous pensions plutôt à un « market place », un lieu pour mettre directement en contact les producteurs et les consommateurs afin de diminuer les intermédiaires et faciliter la vente des produits agricoles. En travaillant sur ce projet, nous avons rencontré quelques embûches, notamment la grande distance entre les producteurs et les grands centres, qui ont rendu difficile l’organisation d’un tel marché. Un des producteurs avec qui nous étions en contact nous alors mis sur la piste des légumes moches, nous expliquant que c’était là un autre défi important pour les producteurs; de vendre des fruits et légumes qui ne correspondent pas aux normes des supermarchés, par exemple un oignon trop petit pour sa variété ou une carotte à deux pattes. Les aliments moches représentent entre 10 et 20% de la production agricole. Ce producteur nous a donné près de 90kg de poivrons difformes que nous sommes allés vendre devant la statue du parc du Mont-Royal, en août 2014. Le succès a été tel que nous avons répété l’expérience à deux reprises, en octobre, au Café Santropole, avec la collaboration d’une dizaine d’agriculteurs. Avec quelque 450kg de fruits vendus, nous avons pu valider l’intérêt des consommateurs pour les légumes moches. Notre entreprise Second Life poursuit les objectifs de valoriser le travail des producteurs, de leur donner accès à un revenu additionnel pour ces produits normalement invendus et d’éduquer le consommateur à l’importance du goût de l’aliment plutôt qu’à son apparence.

Vous êtes encore en phase expérimentale, comment se déroule le projet?
L’entreprise existe depuis septembre dernier. Jusqu’en mars, nous avons ouvert des périodes de ventes en ligne toutes les deux semaines. Les consommateurs avaient alors quatre à cinq jours pour passer une commande. Il n’y a pas encore de journées fixes de vente. Chaque session de vente nous permet de tester notre fonctionnement: les journées de livraison, la confection des paniers, les points de chute, le design du site internet et d’autres aspects logistiques. Cette période permet d’adapter notre offre à la demande et à la réalité des producteurs. Nous nous approvisionnons auprès d’une quinzaine d’agriculteurs locaux de la région de Montréal. Présentement nous avons quatre points de chute des paniers : deux sur le Plateau, un dans le Quartier Latin et un aux HEC Montréal. Les retours sont très positifs, nous avons eu jusqu’à maintenant une centaine de clients par semaine et vendu environ une tonne de fruits et légumes.

Quelles sont les prochaines étapes pour Second Life?
Notre équipe grossit petit à petit et le projet se fait connaître auprès des producteurs agricoles. Pour la suite, nous allons augmenter le rythme et le volume des ventes à raison d’environ cinq ventes par semaine, avec une offre plus diversifiée. En mettant sur pied Second Life, nous avons réalisé qu’il y a du « moche » dans tous les types d’aliment. Nous comptons élargir l’offre de produits au fromage, au pain, biscuits, céréales, pâtes alimentaires. D’ici un an, notre objectif est également de multiplier les sites de cueillette des paniers. Il s’agit d’un point important et stratégique pour le développement de l’entreprise, étant donné que c’est notre seul modèle de distribution.

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