Du mur antibruit à la piste de course, le béton écologique composé de poudre de verre pourrait bien façonner les villes du Québec tout en offrant une deuxième vie au verre.

C’est en constatant l’absence d’évolution dans l’industrie du béton que Jean-Paul Jansen, président et fondateur de Jansen Industrie, s’est donné comme objectif de donner de nouveaux usages au béton et d’en faire un matériau à la fois esthétique et écologique.

Le béton dit « écologique » est un béton dont le ciment est en partie substitué par de la poudre de verre provenant des bouteilles de la collecte municipale. Jean-Paul Jansen s’intéressait déjà à ce procédé il y a cinq ans, alors que la méthode était encore peu connue. Y voyant un intérêt pour son entreprise, le bétonnier a alors contacté Tricentris — le plus important fabricant de poudre de verre au Québec– pour s’informer du produit et des procédures à entreprendre pour l’intégrer à son béton. « J’ai décidé de créer une demande pour un produit écologique et d’amorcer un virage vert dans l’industrie bétonnière. Il y a trois ans, les villes ne connaissaient pas le béton fait avec de la poudre de verre récupéré alors qu’il y a maintenant une demande certaine, il s’agit de plus en plus d’un critère inclu dans les appels d’offre », affirme Jean-Paul Jansen. 

Depuis 2004, Tricentris, en collaboration avec la Chaire SAQ de valorisation du verre dans les matériaux de l’Université de Sherbrooke, travaille à identifier des débouchés au verre recyclé, dont la poudre de verre comme ajout cimentaire dans le béton. Leurs travaux de recherche ont permis de mettre au point le Verrox, une poudre de verre qui améliore significativement la performance du béton. Tricentris a ouvert en 2013 la première usine de micronisation en Amérique du Nord, c’est-à-dire la transformation du verre en poudre. L’intérêt de Jean-Paul Jansen constituait donc une occasion de tester la poudre de verre récupéré avec des produits commercialisés. « Jansen Industrie a été le premier entrepreneur à prendre part au projet de valorisation du verre pour fabriquer le Verrox. Son initiative est remarquable, l’industrie du béton étant extrêmement conservatrice, » fait valoir Gregory Pratt, ambassadeur Verrox chez Tricentris. Tricentris a ainsi accompagné Jansen Industrie dans sa démarche, notamment en partageant la recette pour un béton écologique, où entre 20% et 30% du ciment est remplacé par la poudre de verre. À titre indicatif, 233 bouteilles produisent 100 kg de poudre.

En plus de détourner le verre des sites d’enfouissement, la poudre de verre ajoutée au mélange de béton lui procure des propriétés avantageuses: le béton devient plus facile à manipuler, plus dur une fois sec et imperméable, ce qui améliore sa qualité en le rendant plus résistant aux cycles de gel et dégel. Le produit fini est également plus blanc que le béton ordinaire. « L’imperméabilité du béton écologique est une belle amélioration. Une fois notre mobilier fabriqué, nous le polissons, ce qui le rend presqu’indestructible et le protège des graffitis car la peinture ne peut pas pénétrer la matière. Des qualités indéniables par exemple pour un banc public », souligne Jean-Paul Jansen.

En 2013, un architecte intéressé par l’aspect des blocs architecturaux de Jansen Industrie a approché la PME pour la construction d’un mur antibruit, un projet du ministère des Transports du Québec. « Il s’agit d’une première au Québec, un mur antibruit conçu avec du béton écologique. Grâce au projet, 53 000 bouteilles ont été valorisées pour un total de 25 tonnes de poudre de verre. » Récemment, Jansen Industrie a également collaboré au nouveau design de la piste de course du Circuit ICAR, située à Mirabel. Rapidement Jean-Paul Jansen a atteint son objectif de donner de nouveaux usages au béton et de promouvoir un produit durable. « Nous sommes en train d’adapter nos installations pour accueillir une plus grande quantité de poudre de verre et éventuellement n’offrir que des produits en béton écologique. » 

La poudre de verre dans le béton gagne de plus en plus d’adeptes au sein de municipalités, notamment auprès des villes de Montréal, Québec, Longueuil, Saint-Sauveur, Blainville, Deux-Montagnes et Lorraine, qui inaugurera bientôt un skatepark en béton écologique.

« La poudre de verre me permet d’aller chercher un nouveau marché avec des ouvrages auxquels je n’avais pas accès avant, comme ce fut le cas avec le mur antibruit et la piste de course. Je considère que j’ai rehaussé le standard de l’industrie en l’incitant à utiliser des matériaux ayant une meilleure empreinte écologique. Tous les bétonniers du Québec commencent à y réfléchir. La poudre de verre devrait bientôt être accessible un peu partout au Québec. » 

Cet article est présenté par la SAQ.

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