Les deux tiers des grandes organisations québécoises intègrent des critères d’approvisionnement responsable à leurs pratiques d’achat.

C’est l’une des conclusions de la première édition québécoise du Baromètre de l’approvisionnement responsable lancée cette semaine. Cette étude, menée par l’École des Sciences de la gestion de l’UQAM et l’Espace québécois de concertation sur les pratiques d’approvisionnement responsable (ECPAR), en collaboration avec Olivier Menuet, directeur achats responsables de la SNCF (France) et coauteur du Baromètre européen des achats durables, vise à faire état des pratiques en matière d’approvisionnement responsable au Québec afin d’aider les organisations à mieux maîtriser ces enjeux. Au total, 61 organisations des secteurs privé et public avec un revenu annuel d’au moins 800 millions de $ (dont  Alcoa, Bell, Transcontinental et Merck) ont répondu à l’appel.

L’étude révèle que 66% de ces organisations pratiquent ou amorcent des démarches en approvisionnement responsable, et plus de 20% mentionnent vouloir passer à l’action. Le principal moteur de motivation pour la mise en place d’une telle démarche est attribuable aux valeurs morales des entreprises — une particularité du marché québécois comparativement à l’Europe. Viennent ensuite les préoccupations d’image de marque et de conformité réglementaire.

Quant aux freins envers ces démarches, les entreprises déclarent en premier lieu les coûts associés. Viennent ensuite le manque de temps, des objectifs contradictoires entre la recherche du plus bas soumissionnaire tout en répondant aux critères de développement durable et le manque d’informations sur les fournisseurs et produits écoresponsables.

Autres conclusions présentées dans l’étude:

  •  L’approvisionnement responsable est jugé comme un point important ou critique par 82% des répondants.
  •  L’approvisionnement responsable arrive en 5e position au rang des priorités d’approvisionnement, derrière les objectifs de conformité règlementaire, de réduction de coûts directs, de contrôle des dépenses indirectes et de réduction des risques.
  • 68% ont mis en place des pratiques visant leurs fournisseurs et 63% ont commencés à former les acheteurs.
  • Parmi les produits et services les plus visés par les pratiques: le papier d’impression, les cartouches d’encre, l’éclairage et le mobilier de bureau. Ceux les moins visés: les services d’hébergement, les produits alimentaires et les services de restauration.
  • 75% des organisations déclarent avoir formalisé leurs démarches, soit grâce à un code de conduite, à une politique d’approvisionnement ou un plan d’action.

« Parmi eux, plus de la moitié optent pour une politique d’approvisionnement responsable ; c’est intéressant car il s’agit d’un acte de transparence auprès des parties prenantes et du consommateur qui permet d’uniformiser les démarches, dit Anne-Marie Saulnier, directrice de l’ECPAR. Ailleurs dans le monde, cela passe plutôt par des codes de conduite. »

Certains constats révèlent des problématiques, notamment sur les enjeux d’information et de communication. « Les organisations connaissent mieux les certifications que les consommateurs, il faut travailler à mieux informer ces derniers, dit Anne-Marie Saulnier. Il importe de s’approprier les outils en place, d’en développer d’autres et de favoriser l’accès à ceux-ci. Il faut aussi investir dans la formation, entre autres pour les acheteurs. » Parmi ses recommandations: susciter la fierté chez le consommateur, qui doit se sentir « valorisé » en consommant des produits « responsables ».

Un constat paradoxal, et même préoccupant pour Olivier Menuet : alors que l’approvisionnement responsable gagne les grandes organisations, 50% d’entre elles n’ont pas de système formel d’indicateurs afin de mesurer leurs pratiques, dénotant d’un certain problème de « maturité » selon lui. Une solution, selon lui, serait « d’assurer un développement économique de la pratique et de mettre en place des modèles d’affaires en lien avec les pratiques d’approvisionnements responsables. »

Les initiateurs de l’étude soulignent que les constats tirés sont « préliminaires  » et devront être confirmés dans les prochaines éditions du baromètre. Cette étude sera effectuée tous les deux ans, en plus d’une édition ontarienne prévue pour 2013, ainsi qu’une édition canadienne en 2015.

Pour consulter le Baromètre, cliquer ici.

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