Les Alouettes allient sport et environnement

PME | juin 2010 Les Alouettes allient sport et environnement
  • Le président des Alouettes, Larry Smith, en compagnie de David Suzuki. (photo: Benoit Pelosse)
  • Mark Weightman, vice-président, Opérations et événements, Alouettes.

En adoptant il y a deux ans une politique environnementale, l’équipe des Alouettes de Montréal s’est positionnée comme un chef de file de la durabilité dans le monde du sport professionnel. Une démarche en constante évolution, qui intègre autant l’empreinte environnementale de l’équipe que la sensibilisation des partisans.

Aux yeux de Mark Weightman, vice-président, Opérations et événements, l’équipe de football montréalaise est une PME qui a un avantage sur bien d’autres: la notoriété de l’organisation auprès du public et des jeunes est unique pour une entreprise de sa taille, une quarantaine d’employés en comptant les joueurs, les coachs et l’équipe administrative. Une notoriété qui permet à l’entreprise de communiquer l’importance du respect environnemental. "Les Alouettes, c’est plus de 20 000 spectateurs qui assistent à dix parties par année: imaginez l’impact d’un message de sensibilisation à la mi-temps", dit-il.

L’entreprise a en effet implanté, en 2008, une politique de développement durable qui s’articule autour de quatre volets: la gestion des émissions, la participation des parties prenantes, l’intégration de critères de durabilité dans la rénovation du stade en s’inspirant de la certification Leed et la sensibilisation des partisans. Lors du lancement de la politique, l’équipe s’est particulièrement fait remarquer en raison de son association à la Fondation David Suzuki et à l’organisme de compensation Planétair avec lequel elle a établi son bilan carbone. Les Alouettes sont ainsi la première équipe canadienne de sport professionnel à neutraliser les gaz à effet de serre générés par ses activités sportives et corporatives. Pour cela, tout a été passé au crible, de l’énergie utilisée dans le stade et dans les bureaux administratifs jusqu’aux déplacements des joueurs. "On estime que les Alouettes compenseront l'équivalent de 400 tonnes de CO2 par année." Une démarche unique dans le monde du sport professionnel, selon Mark Weightman, qui observe toutefois des changements dans le milieu, notamment au sein de la Stadium Managers Association, dont le but est de communiquer les meilleures pratiques de gestion des stades. "La durabilité est devenue un incontournable pour les gestionnaires de ces larges installations sportives. En participant à cette association, nous tirons partie des meilleures pratiques mises en place par nos pairs pour les adapter à la situation du Stade Percival Molson."

Le plan environnemental de l'équipe est beaucoup plus englobant que le contrôle des émissions de gaz à effet de serre, l’objectif étant d’intégrer les mesures de développement durable à l’ensemble de l’organisation. Cela se matérialise aujourd’hui par une série d’initiatives: impression des billets sur du papier "vert", efficacité énergétique dans les bureaux administratifs et au stade par des mesures touchant l’éclairage, entretien ménager du stade avec des produits certifiés ÉcoLogo, consolidation des espaces verts entourant le stade ou encore sensibilisation de la clientèle à l’utilisation du transport public ou du service de navette offert par les Alouettes en association avec la STM –- "un service déjà utilisé par 70000 personnes par été."

Si, selon Mark Weightman, la mise en place d’une stratégie de durabilité au sein d’une entreprise comme les Alouettes diffère peu d’une autre PME, il note toutefois une différence majeure: l’impact environnemental de chaque événement. Pour réduire cette empreinte, Les Alouettes ont misé sur une collaboration étroite avec leurs fournisseurs. "Molson, le fournisseur officiel de bière lors des matches, propose maintenant des verres en plastique recyclable. Si l’on calcule que chaque partisan consomme en moyenne une bière et demie, on voit bien l’importance de ce type d’initiative: 25000 spectateurs multipliés par 10 parties, c’est énormément de plastique." Mais surtout, la PME a mis en place un programme de tri des matières résiduelles. "Bien que l’on invite les spectateurs à mettre leurs détritus au recyclage, on en retrouve encore beaucoup sous les bancs. C’est compréhensible: il n’est pas facile de se lever pour se rendre jusqu'à une poubelle et on pourrait manquer un bon jeu. On a donc mis en place des équipes de nettoyage qui travaillent en fin de soirée. Comme il faut faire vite parce que le stade doit être prêt pour d’autres fonctions le lendemain matin et que le tri des déchets prend du temps, il a fallu investir pour qu’il se fasse consciencieusement. Il faut communiquer l’importance du tri auprès des sous-traitants et consentir à un investissement financier important." Les résultats ont été probants: alors que l’entreprise détournait 16% de ses déchets en 2008, ce ratio est passé à plus de 85% en 2009, soit 1500 kg de déchets recyclables par match. L’entreprise, qui veut améliorer cette performance au cours des prochaines années, contribuera également aux objectifs gouvernementaux en matière de compostage des matières putrescibles d’ici à 2015.

Mark Weightman souligne aussi l’existence du programme Adopter une Alouette dans le cadre duquel les joueurs visitent des écoles. "Les joueurs rencontrent 50 000 étudiants par année et, parmi les messages positifs qu’ils transmettent, les footballeurs parlent maintenant d’environnement. Le message passe bien parce que les jeunes ont une image très positive des athlètes."

Au gestionnaire qui souhaite prendre le virage vert, Mark Weightman conseille de s’assurer que l’organisation soit prête à s’engager pour le long terme, et rappelle que la durabilité n’est pas toujours synonyme d’économies d’échelle. "La durabilité doit devenir partie intégrante des opérations d’une compagnie. C’est parfois plus cher d’être vert, mais c’est aussi une question d’éthique. Comme la protection environnementale, le sport est associé aux valeurs de probité et de surpassement – voilà une complémentarité que je veux continuer à exploiter." Pour les Alouettes, cela passera entre autres par la considération d’enjeux tels que la biodiversité urbaine ou les pollutions lumineuse et sonore. "Le tout se résume à des questions de bon voisinage que l’on comprend bien au football; un sport où gagner est une question d'esprit d'équipe."

Mathieu Régnier