Réseau Bureautique : modèle d'affaires... recyclées
Réseau Bureautique oeuvre depuis 20 ans dans le secteur du mobilier de bureau recyclé. Pourtant, à ses débuts, l'entreprise n'attirait pas ses clients pour des raisons écologiques, mais financières. À travers l'évolution des perceptions et des demandes du marché, parcours d'une entreprise qui a su développer une expertise aujourd'hui très en vue.
La création de Réseau Bureautique, en 1991, a été une question de "timing" : Pierre Roy (photo) est à l'emploi d'une compagnie de distribution de mobilier de bureau lorsque, durant un voyage professionnel aux Etats-Unis, il visite diverses usines, dont certaines oeuvrent dans le recyclage de mobilier de bureau. Un domaine qu'il découvre et qui le séduit. "C'est la possibilité de sortir du schéma d'exclusivité qui m'a d'abord attiré, la distribution de mobilier de bureau fonctionnant sur la base d'exclusivité négociée, dit-il. Ce n'est pas le cas avec le mobilier recyclé, ce qui offre des opportunités d'affaires intéressantes."
Il quitte alors son emploi et se lance en affaires : 19 ans plus tard, et après des débuts modestes, Réseau Bureautique occupe un entrepôt de 47000 pieds carrés à Montréal, emploie une quarantaine de personnes et est devenu le plus important distributeur dans l'est du Canada, qui plus est en offrant une solution "écologique". " Les postes et modules de travail d'il y a dix ou vingt ans sont les mêmes qu'aujourd'hui, ils sont structurellement identiques. En choisissant des couleurs et tissus répondant aux tendances et besoins actuels, en les réusinant sur mesure, nous proposons un produit de grande qualité à prix très compétitif."
Réseau Bureautique réusine ainsi des structures modulaires, cubicules et autres postes de travail provenant d'entreprises d'un peu partout en Amérique du Nord, au gré des ouvertures et fermetures de bureaux, ou simplement des réaménagements. "Cela représente des quantités phénoménales de cubicules." L'entreprise fait d'ailleurs partie d'un réseau d'échange nord-américain, qui dispose d'une bourse en ligne où les lots disponibles sont transigés. "Nous privilégions toujours la proximité des lots que nous achetons. Une fois ceux-ci à notre entrepôt, nous refaisons les finitions et surfaces. Nous avons toujours au moins deux mille postes de travail en inventaire pour répondre sur mesure aux besoins de nos clients."
Pour Pierre Roy, la réussite de son entreprise réside dans l'intemporalité du matériel à recycler, mais aussi dans la possibilité pour ses clients d'accéder à du matériel haut-de-gamme à moindre coût. "Au début des années 1990, alors que nous traversions une période de récession, nous sommes arrivés sur le marché avec des produits achetés à de grandes entreprises ; ce matériel, une fois réusiné et remis au goût du jour, devenait une option économiquement très intéressante pour des compagnies plus modestes qui ne pouvaient s'offrir ces mobiliers luxueux."
Le caractère recyclé de ce mobilier n'est alors pas du tout un argument de vente, encore moins un facteur de décision d'achat chez ses clients. "Au contraire! À l'époque, on considérait ce matériel comme de l'usagé, alors que maintenant le produit est d'abord perçu comme écologique. Quand on pense qu'aujourd'hui on remet un certificat de réduction de CO2 à nos clients, on peut dire que les mentalités ont évolué."
L'idée de départ, qui était d'abord de combler un besoin à moindre coût, s'est ainsi transformée au fil des années en succès, qui se confirme aujourd'hui dans ce contexte "où de plus en plus d'entreprises se dotent de politiques d'achat responsables et où la population est sensibilisée."
Les considérations environnementales, intrinsèques à ses produits, influencent également les processus de gestion de Réseau Bureautique. Par exemple, les vieux tissus de recouvrement et le carton sont utilisés pour emballer les nouveaux postes au moment de la livraison. "Dans notre industrie, l'aspect réutilisation est facilité, ce qui contribue à réduire encore notre empreinte environnementale. Par notre métier, nous pouvons utiliser ce genre d'emballage, alors que pour d'autres ça ne serait pas possible, soit parce qu'elles n'ont pas accès à cette matière première, soit parque les marchandises à livrer ne s'y prêtent pas."
Toujours dans une perspective de développement durable, Réseau Bureautique a créé, il y a deux ans, un "compteur de CO2" accessible depuis son site Web par lequel l'entreprise démontre la faible empreinte carbone d'un mobilier recyclé par rapport à celle d'un produit neuf. "Non seulement le produit est comme neuf, mais en plus il est plus 'écologique' de par sa conception : le calculateur vient le confirmer. Plusieurs croient à tort que le calcul des émissions de gaz à effet de serre ne concerne que les grandes entreprises. Or, avec le calculateur, on constate à quel point une décision d'achat peut influencer un bilan de carbone."
Très optimiste quant à l'avenir des produits écologiques, Pierre Roy s'inquiète néanmoins du manque d'encadrement des appellations environnementales. "Il reste beaucoup à faire du côté de la reconnaissance. De nombreux produits sont présentés comme étant environnementaux sans pour autant qu'une certification confirme ces allégations. Cela nuit aux compagnies qui offrent des produits vraiment environnementaux. Pour contrer l'effet de mode et les excès, il faudrait mieux encadrer le secteur des affaires, notamment en ce qui a trait à la provenance des produits."
Selon lui, outre l'encadrement réglementaire et des certifications appropriées, une solution résiderait en la mise en place d'incitatifs et de reconnaissances destinés aux entreprises qui agissent concrètement en faveur de l'environnement. "En affaire, tout est question de profitabilité, c'est pourquoi les incitatifs sont importants. Il est difficile d'être en affaire de nos jours, mais il y aura toujours des entrepreneurs visionnaires qui ouvriront la voie, aidons-les!"
Aussi, pour lui, le chemin est encore long avant de dire que nos modèles d'affaires ou de société sont véritablement sur la voie du développement durable. "Tout le monde est pour la vertu, pour moins de pollution, pour la protection de la nature etc. Mais il faudra encore plusieurs années pour implanter de nouvelles façons de faire afin de contrer la pollution. Il n'y a pas de réel changement de fond actuellement : les produits chinois sont encore très populaires pour des raisons économiques, ceux qui offrent leurs produits au moindre coût sont encore avantagés, etc. Mais demain, le moindre coût et les qualités environnementales seront sur un pied d'égalité."
Comment perçoit-il les changements d'habitudes en matière d'environnement, tant de la part des consommateurs que des entreprises ? "Les entreprises proches de leurs consommateurs, qui s'adressent à Monsieur et Madame Tout-le-monde, ont tout intérêt à favoriser des initiatives vertes. Il va être intéressant de voir comment les grands pollueurs, moins près des gens, vont s'adapter. Il y a d'ailleurs en Europe une audace politique qui permet la mise en place de normes et règlements : il va être très intéressant de voir ce qui va être fait ici pour faire partie du club des responsables."
Quelle est sa vision d'avenir ? "L'avenir est vraiment dans la gestion des matières résiduelles ; et le plus beau, c'est que tout est à créer! Dans ce domaine, on est amené à penser différemment : contrairement au classique 'Big is beautiful', la PME a vraiment sa place dans le secteur du recyclé . C'est payant de recycler : économiquement, socialement et environnementalement. Dorénavant, pour réussir, il faudra penser en termes d'écologie et d'économie. L'économie sans l'écologie et vice-versa, c'est comme tenter de marcher avec une seule jambe."
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