Rayside Architecte, au service de la communauté

PME | décembre 2009 Rayside Architecte, au service de la communauté

Spécialiste de l'architecture "verte" et sociale, le cabinet montréalais Rayside Architecte est directement impliqué, depuis 10 ans, dans sa communauté. Parcours d'un architecte engagé.

Depuis sa création en 2000, Rayside Architecte a réalisé plus de 350 mandats, dont la vaste majorité avaient une vocation sociale. Pour l'équipe constituée d'une vingtaine de personnes, située rue Ontario à Montréal, les projets de développement de logements sociaux, de centre de petite enfance (CPE) ou de centres communautaires à valeur environnementale ajoutée n'ont plus de secret. "J'ai toujours été très impliqué dans ma communauté, mais ce sont les aspects artistiques et techniques qui m'ont poussés à entreprendre mes études en architecture à McGill, dans les années 70, dit Ron Rayside, président-fondateur du bureau d'architectes (photo). Il faut dire que c'était la norme d'être engagé à l'époque! Mais pour moi, il a toujours été clair que l'architecture devait être à échelle humaine: au service des humains qui habitent ces espaces et quartiers."

C'est en 2000, alors qu'il se lance à son compte, qu'il oriente sa pratique exclusivement vers l'architecture sociale et durable. "Depuis neuf ans, nous avons participé à plusieurs projets de recyclage d'églises et d'institutions religieuses en usage communautaire, à des centaines de projets de rénovation et à des projets innovateurs d'un point de vue environnemental et social en construction neuve." Son cabinet compte parmi sa clientèle des organismes tels que le journal L'itinéraire , le centre d'aide aux toxicomanes Cactus (photo ci-dessous), l'organisme de réinsertion sociale Portage, plusieurs CPE, etc. "Par exemple, pour l'Arche, le Cactus et le Chic Resto Pop, nous avons transformé des églises en centres communautaires répondant bien aux besoins spécifiques de ces organismes. D'ailleurs, n otre soutien débute souvent avant même le projet architectural, dès le développement initial du projet, au moment d'en définir les buts et objectifs", précise Ron Rayside, connu pour ses nombreuses implications bénévoles qui lui ont valu d'être honoré, en 2003, du prix Hommage Bénévolat Québec .

Si le cabinet a fait de l'architecture "sociale" sa spécialité, il ne faudrait pas oublier la dimension environnementale de son activité, une facette aujourd'hui de plus en plus présente. "Dans la grande majorité des cas, nous devons aussi composer avec de nouveaux impératifs environnementaux. D'ailleurs, ce sont de plus en plus les clients qui nous demandent d'intégrer de tels éléments aux projets: toits verts, matériaux sains, systèmes de géothermie, appareils de plomberie plus écologiques, etc."

Bien qu'elle soit de plus en plus connue, la construction écologique continue d'être un défi de taille. "Les clients connaissent mieux les solutions existantes, en revanche, ils se doutent rarement de la complexité d'intégrer de telles pratiques et, surtout, qu'elles engagent des surcoûts. Le défi premier consiste donc souvent à trouver le financement et les subventions disponibles pour assumer les 30 à 40% de plus que peuvent coûter certains projets plus 'verts'." Ron Rayside souligne également que certains nouveaux matériaux, plus écologiques, n'ont pas toujours fait leur preuve. "Il nous arrive parfois de constater 3 ou 4 ans plus tard que le matériau choisi n'était pas l'idéal. L'accessibilité à des matériaux dont les qualités environnementales sont démontrées et le prix concurrentiel demeure aujourd'hui un défi." Dans ce contexte, l'expérience est déterminante, ce qui permet à Rayside Architecte de proposer à ses clients des solutions adaptées à leurs réalités et budgets. "Au final, c'est souvent plus modeste que ce que nos clients avaient en tête au départ, mais cela répond aux contraintes de la démarche."

Un autre projet dont Ron Rayside et son équipe sont particulièrement fiers : les propres bureaux du cabinet. "C'est un projet social et environnemental complet. D'abord, nous avons choisi le lieu en fonction du quartier où nous sommes très impliqués, avec l'idée de participer à sa revalorisation. Situés au rez-de-chaussée, nos bureaux nous permettent d'être facilement accessibles pour les passants. Cette simple présence physique reflète ce que nous faisons, qui nous sommes."

D'un point de vue environnemental, les objectifs de cette bâtisse, certifiée Leed, sont la réduction de la consommation d'énergie, ainsi que la gestion et l'usage responsables de l'eau et des matériaux. "Pour y arriver, nous avons installé un système de géothermie, des murs et fenêtres qui procurent une grande isolation thermique et un éclairage à faible consommation d'énergie. Ces mesures à elles seules permettent une réduction d'au moins 50% de notre consommation d'énergie." En ce qui a trait à la gestion de l'eau, l'ensemble des systèmes de plomberie visent à réduire la consommation d'eau, alors que le toit vert permet, en plus d'une meilleure isolation, la diminution des rejets d'eau de pluie et la réduction des îlots de chaleur. Lors de la construction, on a privilégié des matières recyclées ainsi que des matériaux locaux et facilement renouvelables. "Par exemple, les armoires de cuisine, les moulures et le mobilier sont fabriqués à partir de panneaux de paille, et les planchers de bois proviennent de forêts certifiées."

Alors que le financement constitue la condition sine qua non de la viabilité d'un projet de construction écologique, Ron Rayside estime que le l'État devrait s'engager davantage dans cette démarche et y contribuer de façon concrète. "L'État devrait aider à la construction verte, dans le marché résidentiel, mais également dans le domaine de la santé et de l'éduction. Il faut que l'État subventionne et supporte la durabilité et la performance énergétique. C'est nous tous qui en bénéficieront: la société dans son ensemble. Le Québec pourrait et devrait faire mieux et plus vite!"

L'architecte est d'avis qu'il faut dès maintenant commencer en subventionnant mieux les mesures environnementales qui ne représentent pas d'économie financière pour les particuliers. En effet, contrairement aux mesures favorisant l'efficacité énergétique, qui engendrent des économies financières concrètes à long termes pour les propriétaires, adopter des mesures favorisant l'économie d'eau n'engendre pas d'économies en argent. "Bien que je ne profite pas de bénéfice monétaire, je permets à la municipalité de sauver beaucoup d'argent et réduis mon impact sur l'environnement. Ce genre d'initiatives devrait être encouragé en priorité. Même chose pour les toits verts qui, au-delà des économies d'énergies occasionnées, bénéficient à toute la société à plein d'autres niveaux." "Bref, en plus de financer en partie certaines pratiques, l'État devrait aussi et d'abord mettre en place des règlements favorisant le développement durable en construction." À commencer par le code de la construction qui, selon Ron Rayside, devrait être modifié pour favoriser certaines pratiques, comme imposer les toilettes à faible débit, un pourcentage de matériaux recyclés, certaines mesures favorisant l'économie d'énergie et des ressources, l'élimination des produits toxiques, etc.

Quel conseil donnerait-il à eux qui se lancent dans la construction verte ? "Je ne sais pas si j'oserais donner un conseil, sauf peut-être: soyez réalistes. Réalistes et rigoureux!"

La rédaction