Karavaniers: voyageurs responsables

PME | octobre 2009 Karavaniers: voyageurs responsables

Cette agence de voyages est spécialisée depuis dix ans dans l'écotourisme, faisant des considérations sociales et environnementales les fondements de son activité. Son crédo : agir en contre-pied du tourisme de masse.

Depuis plus de 10 ans, Karavaniers aborde le secteur du voyage sous l'angle du tourisme responsable : minimiser l'empreinte laissée par le voyageur, se concentrer sur les rencontres des populations locales, respecter la dignité et la santé de ses collaborateurs des quatre coins du monde figurent parmi les principes fondateurs de cette agence de voyages montréalaise.

Son président-fondateur, Richard Rémy, un ancien ingénieur aéronautique, a toujours été un passionné de plein-air et de voyages. A la fin des années 1990, il décide de suivre une formation de guide en haute montagne dans l'Ouest canadien et crée une agence "aventure" avec à l'époque six destinations à son catalogue -- dont le Népal, le Pérou et la Terre de Baffin. "L'idée était d'offrir l'aventure, soit à des gens qui n'avaient pas l'expérience et l'expertise pour effectuer de tels voyages par eux-mêmes, soit à des voyageurs expérimentés mais qui ne voulaient pas assumer toute la gestion préalable au départ", explique Frédéric Germain, adjoint aux opérations et guide (photo). Une décennie plus tard, Karavaniers fait voyager quelque 800 "aventuriers" par an à travers plus de 70 circuits dans une quarantaine de pays.

Ces voyages ne se font pas sans certaines conditions : les préoccupations environnementales et culturelles sont au cœur des séjours que l'entreprise propose. "Les considérations environnementales et sociales étaient présentes dans l'entreprise dès ses débuts, mais de façon moins officielle ; c'est la rédaction de la Charte éthique, quelques années plus tard, qui a officialisé notre démarche." Cette charte vise à faire en sorte que le voyage occasionne des retombées bénéfiques, tant pour celui qui voyage que pour les communautés visitées, plutôt que de créer les bouleversements écologiques et culturels trop souvent attribuables au tourisme de masse. Ainsi, cette charte se présente comme un véritable contrat moral que le voyageur passe avec Karavaniers : on y aborde notamment le respect des cultures locales, le respect de l'environnement et le droit des peuples à gagner dignement leur vie. "C'est difficile de voir des hordes de touristes arriver, appareil photo à la main, dans des villages reculés sans plus de considérations ; ou d'autres qui offrent des bonbons à des enfants, ou même des fournitures scolaires : on oublie que, si ce ne sont pas les écoles ou instituteurs qui reçoivent ces fournitures, il est possible que l'enfant manque une journée d'école pour aller les vendre dans la rue, en ville. Il faut donc réfléchir au réel impact que nous pouvons avoir lorsque nous sommes en voyage."

L'impact concerne également les conditions de travail des équipes locales. Ainsi, Karavaniers s'est par exemple doté de certaines lignes de conduite quant aux conditions de travail des porteurs auxquels l'entreprise fait fréquemment appel. "Au fil des années, nous avons tissé des liens étroits avec certaines communautés avec lesquelles nous travaillions régulièrement ; nous voulions donc développer une relation de travail durable, notamment en partageant certaines valeurs. Nous limitons par exemple le poids maximal qu'un homme peut porter, afin de ménager son dos et sa santé. Nous préférons engager davantage de porteurs et ainsi donner du travail à plus de personnes."

Les questions de santé et de sécurité sont aussi des préoccupations qui concernent les voyageurs : ceux-ci doivent être physiquement préparés avant de se lancer dans un tel périple. Mais pas uniquement pour les raisons évidentes d'une responsabilité qui incombe à Karavaniers à l'égard de ses clients. "Un problème de santé, une blessure, voire une évacuation en urgence d'un de nos voyageurs, sont susceptibles de monopoliser le seul médecin d'un village. La sécurité est une question très éthique." C'est en outre pour cette raison que Karavaniers rencontre ou s'entretient avec chaque nouveau client potentiel afin de s'assurer qu'il soit préparé au mieux au moment du départ.

La protection de l'environnement est bien sûr un autre aspect important de la philosophie de Karavaniers, qui a bien saisi que son avenir commercial dépend directement de la qualité des régions qu'elle fait découvrir à ses clients. L'entreprise adhère ainsi au programme Sans trace, initiative née aux États-Unis qui prône une éducation des voyageurs à l'égard de l'écotourisme et qui comprend une série de principes tels que gérer adéquatement ses déchets, camper sur des surface durables, minimiser l'impact du feu, etc. "Il s'agit de faire comprendre que ces pratiques sont bénéfiques pour tout le monde, y compris pour le voyageur qui préfère arriver dans un lieu sans avoir le sentiment que des dizaines de personnes sont passées par là avant lui." En outre, Karavaniers a également récemment organisé un voyage de nettoyage, au Pérou : en collaboration avec une agence de voyages française, une équipe de guides a effectué un trek complet, spécifiquement pour ramasser les déchets qui avaient été laissés depuis de nombreuses années.

Aussi, depuis deux ans, l'entreprise achète des crédits d'émission de carbone auprès de Planétair afin de compenser les GES générés par les voyages en avion. "Nous avons décidé d'inclure le montant compensatoire directement dans le prix : nos clients savent quelle partie de leur voyage est compensée, ils peuvent même voir sur le site de Planétair le montant que cela représente. En deux ans, une ou deux personnes seulement ont refusé de payer ces crédits de carbone : la forte majorité approuve la démarche."

Étant un spécialiste de l'écotourisme depuis plus de 10 ans, comment perçoit-il la façon dont cette industrie aborde ces enjeux sociaux et environnementaux ? "Le terme 'écotourisme' devrait être protégé car tout le monde semble aujourd'hui en faire ; dès qu'on a mis un pied dans la forêt, on nous dit qu'on fait de l'écotourisme. Mais surtout, c'est le tourisme de masse qui est vraiment très dommageable." Ce qu'il pointe notamment du doigt, ce sont les croisières, qu'il considère comme l'une des activités touristiques les plus néfastes. "Ce sont de grands groupes de touristes qui arrivent massivement sur un lieu, pour quelques heures, sans interagir vraiment avec les populations locales, sans participer à l'économie locale puisqu'ils n'y restent pas suffisamment longtemps pour s'y loger ou s'y nourrir. Sans parler de l'impact environnemental, les bateaux cherchant à se rapprocher toujours davantage de sites 'paradisiaques' et isolés." Il cite l'exemple de l'archipel de San Blas, sur la côte est du panama, où les coraux ont été sévèrement abimés par le passage des gros navires de croisière. "On a beau informer nos clients lors de nos voyages ou avec notre site Web et nos infolettres, on demeure une petite entreprise dont l'influence reste marginale face à des très grands tour operators qui organisent de telles croisières."

Pourtant, le développement durable et les principes d'écotourisme ne sont-ils pas à la portée de n'importe quelle entreprise oeuvrant dans le secteur du voyage ? "C'est à la portée de celles qui veulent se doter des connaissances nécessaires, celles qui ont une volonté sincère et des convictions, et non simplement des objectifs marketing."

Alors quel conseil peut-on donner à un gestionnaire d'entreprise, qu'elle soit dans le secteur du tourisme ou non ? "D'abord, se renseigner : les ressources sont de plus en plus nombreuses, qu'il s'agisse d'information -- médias ou livres -- ou de services d'accompagnement. Et il y a des premiers gestes faciles à poser, comme abolir les gobelets jetables pour le café ou retirer les bouteilles d'eau dans les cafétérias d'entreprise. Mais souvent ces gestes ne sont même pas posés, parce que les gestionnaires n'y pensent pas."

 

La rédaction