Camp Y : pour une relance... durable

PME | juillet 2009 Camp Y : pour une relance... durable

Il y a cinq ans, face à la désuétude de ses installations et une baisse généralisée de la fréquentation des camps de vacances au Québec, le Camp YMCA Kanawana a misé sur les principes du développement durable pour établir son nouveau plan stratégique.
 

Fondé en 1894 à Saint-Sauveur-des-Monts, le Camp YMCA Kanawana est le premier camp de vacances du Québec. À l'origine, sa mission était d'offrir à de jeunes hommes défavorisés la possibilité de sortir de la ville pour la saison estivale ; aujourd'hui, le camp accueille des jeunes de 7 à 17 ans, garçons et filles, de tous horizons, tout en continuant de prioriser les jeunes issus de familles défavorisées.

En 2004, la direction a amorcé une réflexion en profondeur afin de répondre à deux grands enjeux : la désuétude d'une grande partie de ses installations et un camp qui n'était pas occupé à sa pleine capacité. "Notre système d'eau était vieux, plusieurs édifices commençaient à avoir des problèmes ; nous avions prévu que d'ici 3 ou 4 ans, si nous ne prenions pas d'actions rapidement, de gros problèmes allaient survenir, dit Sean Day, directeur du camp (photo). Nous trouvions que nous avions un site extraordinaire, avec une richesse patrimoniale et naturelle incroyable, mais sous-utilisée. Nous devions donc prendre une décision."

Le camp a alors décidé d'établir un plan stratégique triennal (2005-2008), dont les principaux objectifs seraient d'augmenter la fréquentation du camp de 1000 à 5000 jeunes par année et de procéder à une véritable revitalisation de l'infrastructure, et ce, de manière durable. Afin de réaliser ce plan, on a créé un comité consultatif regroupant l'ensemble des parties prenantes. "Nous avons invité des campeurs, des employés, des bénévoles, des architectes, des ingénieurs, des spécialistes en marketing, de même que des professionnels en éducation. Ensemble, nous avons effectué une analyse des besoins du centre et développé une vision pour le camp. Et puisque le concept de benchmarking est très important au sein du YMCA, nous avons également invité des directeurs d'autres centres ayant eu à initier ce genre de démarche, afin qu'ils partagent avec nous leur expérience pratique."

Plusieurs études ont ainsi été menées afin de faire état de la situation générale du camp : la firme d'architecture l'Œuf et l'ingénieur Martin Roy ont réalisé le design "vert" des installations; un ingénieur forestier a effectué une analyse du site pour en étudier la diversité de la faune; et une étude hydrologique a également été réalisée, par la firme Biofilia, sur l'état de l'eau et du lac.

Le plan "durable" qui en est sorti comprenait essentiellement trois phases majeures : la revitalisation des installations, la transformation du camp en un centre 3 saisons, puis en un centre 4 saisons. Ainsi, dès 2005, les premières initiatives ont été mises en place : "Nous avons installé un réseau épurateur, une technologie développée au Québec qui utilise les plantes pour nettoyer l'eau grâce au principe d'oxygénisation. Nous nous sommes également munis d'une politique d'achat responsable : par exemple, toutes nos brochures sont désormais imprimées sur du papier recyclé, et les t-shirts achetés pour les employés et les jeunes sont en coton équitable et biologique. Nous effectuons du compostage dans notre cuisine et avons aménagé un jardin biologique éducatif dans lequel nous invitons les jeunes à s'impliquer. Il y a donc aussi un aspect éducatif qui accompagne notre démarche d'avoir une structure ayant beaucoup moins d'impacts sur l'environnement."

À ce jour, le camp a accompli la première phase de revitalisation, tandis qu'il envisage de construire les bâtiments nécessaires à la transformation du camp en un centre trois saisons, dès l'automne prochain. Le camp est également en processus pour effectuer un audit, qui lui permettra d'évaluer ce qui a déjà été accompli et d'identifier les prochaines étapes.

Mais comment un organisme sans but lucratif peut-il être en mesure de financer la réalisation de ce plan stratégique de développement durable ? "Le projet global s'élève à 5 millions$ : nous avons investi 600 000$ et avons obtenu 1,5 million$ en donation. Nous envisageons éventuellement de faire une deuxième phase de financement. Mais cette fois-ci, nous tenterons également d'aller chercher des partenaires gouvernementaux, afin de bénéficier de fonds provinciaux et fédéraux."

Et qu'en est-il des retombées depuis le début de ce processus? "Ca va très bien : alors qu'en 2004, avant ce projet, nous étions à peu près à 71% de notre capacité, nous avons augmenté de 20% notre taux de fréquentation, et ce malgré les défis que connait l'industrie générale des camps de vacances." Selon Sean Day, ces résultats ne sont pas exclusivement dus au projet de développement durable en tant que tel, mais aussi au bouche-à-oreille que cela a généré. Selon lui, les initiatives mises en place permettent au camp d'offrir un meilleur programme aux jeunes et ainsi d'améliorer leur expérience. "Quand les enfants viennent et qu'ils ont une bonne expérience, ils en parlent, et ça, c'est primordial." Les projets mis en place ont également bénéficié d'une couverture médiatique, ce qui a augmenté la visibilité du camp et ainsi attiré de nouveaux clients, et ont suscité beaucoup de motivation auprès des employés, fiers de prendre part à une telle démarche. Sean Day espère en outre que ces initiatives auront un impact positif sur les jeunes et leur famille, et que les apprentissages reçus au camp seront par la suite appliqués à la maison. "La priorité numéro 1, c'est que l'on respecte nos valeurs dans notre façon de faire les choses. Lorsque les jeunes arrivent au Camp, nous leur faisons faire une “tournée verte” afin de les informer de ce qui se fait ici. Il s'agit aussi de leur démontrer que notre démarche durable ne peut qu'enrichir leur propre expérience au camp. C'est un peu comme une valeur ajoutée qui est ainsi offerte à notre clientèle." 

Selon Sean Day, les deux éléments clefs d'un virage vert réussi sont la planification et la communication. "Il est primordial d'avoir ce qu'on appelle en anglais un buy in de toutes les parties prenantes. Dans notre cas, le fait de rassembler et d'allier l'ensemble des intervenants à la cause a constitué un gage de réussite. Et le fait de communiquer toutes nos démarches à nos clients a également été très bien reçu : leur réponse a été très positive."

Loin de considérer le développement durable comme un outil tendance permettant d'améliorer l'image d'une entreprise, Sean Day est convaincu que les initiatives durables sont la voie de l'avenir. "Il y a une grande volonté des individus, dans la société en général, d'adopter le développement durable : chacun se rend de plus en plus compte que nous n'avons plus le choix de prendre un tel virage, pour nous et pour nos enfants. Et je pense que le changement, ce n'est pas juste au niveau de la promotion; ça se traduit par notre manière de gérer notre infrastructure et notre façon de faire les choses. Donc, mieux vaut élaborer une bonne planification durable et foncer ; bref, avoir un peu d'audace!"

La rédaction